#VRAIESMEUFS portent le voile

Halima Aden pour CR Magazine

Halima Aden pour CR Magazine

“L’invasion qu’on cache”, “Cet islam sans gêne”. Depuis quelques années, une catégorie de femmes en particulier est très souvent attaquée et déstabilisée dans les médias : la femme musulmane, en particulier la femme voilée. Le débat, qui a pris plus de place depuis les attentats et la montée du terrorisme, a secoué toute la France l’année dernière avec les différents arrêts contre le burkini. Femmes voilées = femmes soumises ? Faut-il sauver la femme voilée de l’emprise de sa famille et de sa religion ? Des questions, reportages, débats, ont eu lieu sur le sujet, sans que cela aboutisse à quoi que ce soit. On remarquera d’ailleurs que cette femme dont on débat pendant des heures et des heures est totalement absente du débat. Et si on laissait ENFIN la parole aux intéressées ? 


“La religion me berce depuis mon enfance. Ma mère est pratiquante, elle nous a élevé dans les principes de la religion sans nous obliger à quoi que ce soit. C'est grâce à elle et Allah que je suis fière d'être la musulmane que je suis. Aujourd'hui, mon rapport à la religion est au plus profond de mon cœur et je ne me vois pas sans l'islam.

J'ai commencé à porter le voile en mai 2015. J'ai toujours su que j’allais porter le voile un jour, j'ai toujours voulu le porter mais je me disais que j’étais encore jeune, que je devais profiter de la vie et attendre d’être mariée. Cependant, il m'est arrivé des choses dans la vie qui ont fait que je voulais le mettre de plus en plus. Ma meilleure amie, qui s’est voilée avant moi, me donnait des conseils et m'a beaucoup aidée. Enfin, un jour, je l’ai mis comme ça, d'un coup, je suis sortie avec et je ne l’ai plus jamais enlevé.

Ma mère était très choquée sur le coup et ne s'y attendait pas. Il faut dire que la veille, j’étais en jean déchiré/débardeur et de plus, je ne l’avais pas prévenu que je voulais le mettre tout de suite mais maintenant elle s’est habituée. .

Personne ne m'a rien imposé, ni ma mère ni mes sœurs ne le portent.

Je suis fière de porter mon voile et je ne me vois pas sans, c’est une partie de moi.

Je n’ai pas un grand entourage, les gens parlent beaucoup, certaines personnes sont contentes et d'autres hypocrites. Si je m’étais arrêtée au regard des autres, j’aurais enlevé mon voile au bout de 2 semaines. Cela ne m'intéresse même pas de savoir ce que les gens pensent de moi, je passe outre les remarques car malgré tout ce tapage médiatique, ça ne nous empêche pas de pratiquer notre religion peu importe les lois mises en place.

En France, je ne me suis jamais sentie représentée. Au contraire, j’ai l’impression d’être comme une menace, une cible pour le gouvernement. Je ne comprends pas cette manière qu’on a de présenter le voile comme un asservissement de la femme : si cela vient d’un choix personnel et qu’on ne nous l’impose pas, je ne vois pas en quoi c’est un asservissement. Se pavaner à la télé en maillot de bain ou à moitié nue n’est-il pas un exemple d’asservissement de la femme par exemple ? Je considère aussi que ce n’est pas parce que nous sommes voilées que nous valons plus ou moins que d’autres femmes.

Une fois j'ai lu quelque chose qui m'a marqué parce que ça définit totalement ma façon de penser : “Je suis voilée, tu vois de moi uniquement ce que je t'autorise à voir, n'est-ce pas cela La vrai liberté ?”

Crédits : Sanaa K

Crédits : Sanaa K

“Je suis née dans la religion, et j'essaye de m'y investir le plus possible chaque jour. Je pratique de façon modérée, en essayant de me faire discrète dans ce pays où le voile est quotidiennement pointé du doigt. J'ai porté le voile pour la première fois en été 2014 si je me souviens bien, et c'est un choix entièrement personnel: je savais que je devais le porter, mes parents aussi, mais JAMAIS ils ne m'ont forcé la main et je les en remercie car si ça avait été le cas, j'aurais porté le voile sans savoir pourquoi, ce qui est contradictoire. Sachant que toutes les femmes de ma famille le portent, c'était totalement normal que je le porte à mon tour, ils n’y ont même pas vraiment fait attention ! Le voile m'a donné extrêmement confiance en moi au fil des années : étant une personne plutôt timide de base, il m'a énormément aidée à m'ouvrir plus facilement au monde et à me décomplexer. Le tapage médiatique n'a pas eu d'impact sur moi, si ce n'est m'endurcir et vouloir le porter encore plus: je n'ai pas eu envie de le retirer, ni eu peur de le garder, et de toute façon voilée ou pas on reçoit toujours des regards ou des remarques déplacées dans la rue, donc tous ces scandales médiatiques n'ont fait qu'affirmer mon identité. En ce qui concerne la représentation des voilées, ça va dans les deux sens: d'un côté on est critiquées h24 par les médias mainstream, les chaînes d'infos, les politiques, et de l'autre on commence à être très reconnues et mises en avant, dans les domaines de la haute-couture, du mannequinat, ou sur les réseaux sociaux tout simplement. Par contre, je trouve que le voile commence de plus en plus à être une mode, je trouve ça dommage, j'aimerais que l'on s'intéresse plus à l'aspect religieux de ce tissu, sacré, plutôt qu'à son aspect esthétique ou culturel. Et à ceux qui pensent que le voile est un signe d'asservissement de la femme, je leur répondrais que si les voilées (en Europe, les cas de voile forcé au Moyen-Orient c'est autre chose) étaient asservies, on ne le verrait même plus dans les rues à l'heure qu'il est.”

Bluetooth Hijab,  by Meriem Bennanni

Bluetooth Hijab, by Meriem Bennanni

“Étant née dans une famille de confession musulmane, j'ai toujours baigné dans un environnement musulman. Mes parents m'ont toujours inculqués les règles et l'importance de la foi.

Au fur et à mesure des années, l'envie de porter le voile m'attirait de plus en plus mais je n'osais pas sauter le pas. J’admirais tellement les femmes qui le portaient, je les trouvais splendides, douces, et sereines avec le voile.

En grandissant, je savais que c'était une obligation religieuse mais sans plus; j'ai donc cherché à travers les bouquins, lu des témoignages pour comprendre le but du voile, je me posais énormément de questions pendant cette période de doute, de questionnement. En arrivant au lycée, mon envie était de plus en plus grandissante, mais l'idée de devoir l'enlever avant d'entrer m'effrayait, j'ai donc décidé d'attendre encore quelques années.

Après le lycée j'ai rencontré une fille devenue par la suite une très bonne amie, qui m'a beaucoup aidée dans mon cheminement spirituel, et m'a confortée dans mon choix. Le plus compliqué était de se lancer, on a toutes sortes de peurs, et ce besoin d'assurance, de soutien a été l'une des raisons qui m'ont aidée à sauter le cap. Les témoignages des autres filles m'ont également rassurée dans mon choix, je me suis alors lancée.

J'ai donc commencé à porter le « voile » il y a tout juste 1 an et demi, en effet « voile » car j'avais commencé à mettre le turban, certainement par peur du regard des gens et dans le but d'y aller progressivement. Avant de sauter le pas, j'en avais parlé avec mes parents, ils n'ont pas trop approuvés et donc ça a été vraiment dur. Il y a eu des moments difficiles, où je voulais l'enlever sous la pression de ma famille qui s’expliquait par peur que je ne puisse pas travailler, ou encore de me faire agresser, surtout que c'était peu après la période ou il y avait eu les attentats de Charlie Hebdo, donc ils avaient peur des représailles.

Et autant vous dire que le tapage médiatique qu'il y a eu autour du sujet n'avait pas arrangé les choses, surtout les regards insistants dans les transports. Cela m'avait fortement touchée, car on me reprochait de ne pas “être française” mais le pire c’était d’être pointée du doigt pour des actes barbares et condamnés par la communauté musulmane.

Malgré cela, j'ai su tenir bon et durant plusieurs mois, en sortant j'étais obligée de me cacher dans le hall pour le mettre. Avec du recul je me dis que c'était une épreuve, certes un parcours parsemé d'épreuves, de remise en question et ça fait partie de la vie. Peut-être mon destin ? Puisque aujourd'hui, mes parents l'acceptent car ils ont vus que j'étais épanouie avec, et qu'il me rendait meilleure. Je n'ai jamais fait face à des remarques directement mais ça a été énormément difficile dans le monde du travail (pas de réponse après un entretien, refus de stage…).

Aujourd'hui, je me sens un peu représentée par une nouvelle génération d'influencers/bloggers anglophones tels que Halima Aden, Habiba Da Silva, ou encore Mariah Idrissi. Même s’il y en a très peu en France, ça fait du bien de se sentir représentée par des filles dans le monde de la mode par exemple.

Le voile n'est pas un signe d'asservissement de la femme comme le pensent certains, ou un simple un bout de tissu, mais c'est bien plus ; c'est un choix réfléchi, c'est une partie de moi, une source d'apaisement qui m'a rendue plus confiante que jamais.”