#VMBookClub : King Kong Théorie, une révélation littéraire féministe ?

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EDIT : Cet article parle d’une oeuvre précise de l’auteure et ne veut pas dire que nous cautionnons toute la vie et l’oeuvre de Virginie Despentes. Certains propos dans son dernier livre sur l’histoire d’une jeune femme musulmane ont suscité polémique et nous ne sommes absolument pas d’accord avec la vision qu’elle décrit. Nous en resterons donc à King Kong Théorie pour cette article.

Loin des milieux aisés qui facilitent l’entrée dans le monde de la littérature, Virginie Despentes se présente à nous comme une femme simple, moderne et par dessus tout, féministe très engagée qui s’oppose totalement aux codes conventionnels qui bornent le genre féminin des stéréotypes que nous connaissons toutes. 

King Kong Théorie est un essai publié en 2006, divisé en 6 chapitres dans lesquels l’autrice développe 6 thèmes différents mais très liés dans la pensée néo-féministe, tels que la prostitution, le porno, les agressions sexistes et sexuelles… Elle s’inspire énormément de son expérience personnelle qu’elle ne cache pas, comme le fait qu’elle fut prostituée à ses heures perdues et elle raconte même son viol, subi lorsqu’elle avait 17ans. Elle a vu beaucoup de psychothérapeutes qui ne comprennent pas que cette expérience ne la marque « pas plus que ça », pourtant c’est un des sujets qu’elle justifie le plus dans ses œuvres et nous comprenons comment elle est arrivée à cette conclusion à travers King Kong Théorie.

Tout d’abord, le titre s’inspire de la figure de King Kong de Peter Jackson, qui est explicitée par l’autrice dans l’avant dernier chapitre “King Kong Girl”, comme étant “la métaphore d’une sexualité d’avant la distinction des genres telle qu’imposée politiquement autour de la fin du XXe siècle. King Kong au-delà de la femelle et au-delà du mal. Il est à la charnière, entre l'homme et l'animal, l'adulte et l'enfant, le bon et le méchant, le primitif et le civilisé, le blanc et le noir. Hybride, avant l'obligation du binaire […]” (p.112 de l’édition Livre de Poche). C’est toute une thèse autour d’une vision non-binaire qui est inférée dans cet essai et fonde le socle d’une pensée affirmée et légitime.


Dans cet essai, Virginie Despentes prend indubitablement en charge tout le récit, nourri de ses expériences personnelles et livré sans aucun tabou dans une parole si proche de la réalité orale qu’elle nous lie passionnément à son histoire. Si son passé est aussi régulièrement utilisé ce n’est pas pour générer de la pitié auprès des lectrices et lecteurs mais, au contraire, pour l’affirmer et le communiquer pour dire “Voilà j’ai vécu ça, ce sont des choses qui arrivent dans la vraie vie et très régulièrement même donc prenez-en conscience.”. Je pense que l’essentiel du but de cet essai se trouve dans cette idée de conscientiser de tous ces tabous inutiles autour du genre féminin et de la sexualité féminine.

Mon premier passage favori est l’introduction de Bad Lieutenantes, le 1er chapitre, qui sert aussi d’introduction au livre entier et qui nous fait entrer directement dans l’univers Despentes avec ces phrases :

J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. Et je commence par là que pour que les choses soient bien claires : je ne m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n’échangerais ma place contre aucune autre, parce qu’être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n’importe quelle autre affaire.

Ce passage révèle une vraie force d’acceptation inclusive de la réalité telle qu’elle est, parce que le plus important n’est pas de se dire qu’il faut  correspondre à des genres qui ne sont en réalité que des constructions sociales, mais de s’accepter tout en étant conscient de notre
force individuelle de raisonner et d’agir.

Mon second passage préféré se trouve à la fin de l’essai, où Virginie Despentes quitte ses lecteurs et lectrices sur un message inclusif, positif et révolutionnaire :

“Le féminisme est une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres. Une révolution, bien en marche. Une vision du monde, un choix. Il ne s’agit pas d’opposer les petits avantages des femmes aux petits acquis des hommes, mais bien de tout foutre en l’air. Sur
ce, salut les filles, et meilleure route…”

Certes, c’est un livre difficile à lire et que l’on peut critiquer par sa vulgarité mais il faut comprendre cette brutalité est nécessairement fondée en rapport direct avec la brutalité des faits, c’est-à-dire qu’elle ose employer les bons mots pour qualifier son agression, elle ose parler des violences, de pornographie, de sexualité sans passer par des périphrases que l’on entend trop régulièrement, révélatrices de ce besoin de dissimuler la vérité au sujet des femmes afin de les enfermer dans une société patriarcale. Elle ose redéfinir la conception
originelle du féminin, fondé sur la liberté ultime des genres.

Elle ose et c’est ce qu’on aime.

écrit par Clara