Un début de guérison

Cela fait plusieurs mois que je souhaitais écrire un article sur un sujet qui me touchait particulièrement et qui touche un très (trop) grand nombre de la population : il s’agit des rapports sexuels non consentis au sein d’un couple. Au départ, j’étais désireuse d’écrire cet article en recueillant des témoignages sur Twitter. J’étais partie alors à la recherche de témoignages provenant de victimes afin de montrer à quel point cela est commun mais aussi provenant de personnes ayant fait subir des rapports non-désirés afin de tenter de « comprendre » d’où vient le problème. Sans surprise, la recherche de la deuxième partie des témoignages s’est faite en vain et je n’ai eu qu’un seul et unique témoignage. Il aurait alors fallu que j’écrive cet article me basant sur les différentes histoires de ces personnes, principalement des filles, ayant subi ce genre d’événement. Ce qui ne m’intéressait pas car je ne savais comment rendre mon écrit pertinent. C’est pour cela que j’ai pris la décision de ne pas les publier, bien que certains m’aideront à illustrer quelques uns de mes propos.

Je n’arrivais pas à m’y mettre, je ne savais pas par où commencer, jusqu’où aller, et plein de questions se posaient dans ma tête : pourquoi ai-je envie d’écrire cet article ? Est-ce pour dénoncer un fait trop récurrent de notre société ? Pas vraiment. Est-ce pour apporter ma pierre à l’édifice sur cette thématique ? En partie. Parmi ces questions, une en particulier m’a mise au pied du mur. Est-ce par besoin personnel ? Complètement. Suis-je donc légitime à écrire un tel article alors que mon but premier était en quelque sorte thérapeutique ?

Cela fait désormais une année que j’ai subi ces rapports non désirés. Forcément, cette période « anniversaire » me remet dans le bain, et me fait ressasser de nombreuses choses. C’est alors un an après que je décide enfin d’écrire sur le sujet.

Mon but sera non pas de dénoncer un fait que l’on connaît tous; un fait que certains ne veulent pas voir et nient; un fait dont certains n’osent pas parler. Mon but sera plutôt une demande. Une demande à la fois envers les victimes et une demande aux proches de celles-ci.

Lors de ma récolte de témoignages, j’ai eu différentes histoires toutes aussi révoltantes et désolantes les unes que les autres. Parmi ceux-ci, un témoignage m’a particulièrement marqué. Il s’agissait d’une jeune fille, qui me racontait sa relation avec un garçon plus âgé qu’elle. Elle me racontait certains rapports en me disant qu’elle se « donnait à lui » car il était plus âgé et qu’elle voulait « l’impressionner ». Quand je lui ai demandé si elle désirait ces rapports, elle me répondait qu’elle finissait toujours par céder car elle ne voulait pas le perdre. Cette fille avait ajouté qu’elle m’avait envoyé ce message car elle avait hâte de lire mon article, qui lui permettra d’être fixée sur la teneur de ses rapports, s’il y avait consentement ou non. Je sentais un tel poids sur mes épaules que mon « travail » ne s’est pas arrêté à un simple recueil de témoignages mais aussi de discussion avec cette jeune fille.

J’ai alors envie de demander à ces personnes dans un premier temps de ne pas hésiter à s’ouvrir comme cette demoiselle. Que ce soit à un proche, ami, famille, adulte tiers ou de se tourner vers des associations ou médias féministes bienveillants qui garderont l’anonymat et s'éloignent de tout jugement. À quoi bon parler ? La parole libère bien plus qu’on ne le pense. Ne pas garder ses questionnements pour soi, c’est retirer un poids. Je pense (et j’insiste sur le caractère personnel de cette idée) qu’à partir du moment où une personne se demande si le rapport qu’elle a vécu est normal, qu’elle se questionne sur son consentement, c’est que ce consentement n’était pas pleinement présent comme il se doit. Les questionnements et ressentis sur un rapport que l’on a mal vécu sont des choses lourdes à garder pour soi. Bien que l’on puisse ressentir de la honte ou que l’on puisse se considérer illégitime de se sentir victime, il faut parler, s’ouvrir, partager ses questionnements et ressentis. Et j’insiste, le dialogue est libérateur et aide à avancer, peu importe le temps que cela prendra. Loin de moi de dire que cela est chose facile. Il faut bien du courage, mais je sais que chacune de ces personnes a les capacités de puiser ce courage et de se battre. La personne la plus lâche n’est pas la victime mais l’agresseur. Outre le dialogue, je recommande certains médias qui, à mon sens, peuvent permettre d’obtenir réponse à des questions ou d’avoir un nouvel angle de vue sur certaines thématiques qui permettraient de se faire comprendre (parmi de nombreux médias de bonne qualité, on retrouve, PayeTaShnek, Voxvulva mais aussi les super podcast de QuoiDeMeuf ou Yessspodcast. Outre ces médias (que je n’ai pas tous cités), un documentaire qui aura marqué mon esprit, que je trouve bien fait et intéressant passé sur France2 : « Sexe sans consentement », que l’on peut retrouver aisément sur Youtube.

Par ailleurs, j’aimerais aussi écrire quelques lignes quant aux proches d’une victime. Que tu aies un lien d’amitié, de famille, ou un lien tiers, et qu’une personne s’ouvre à toi sur ce genre de mauvaise expérience, s’il te plaît, écoute. Écoute hors de tout jugement, soit bienveillant et ne te ferme pas, ne remet pas en cause immédiatement et ouvertement ce que cette personne te confie. Comme je l’ai dit précédemment, cela nécessite un certain courage, alors ne détruis pas le travail de cette personne qui entame certainement un chemin semé d'embûches vers un « rétablissement ». L’écoute et le soutien sont les bases qui permettront à la victime de se sentir « en sécurité » avec ses questionnements. J’entends par là que cela lui permettrait d’être plus à l’aise avec elle-même face à ses questions. Dans un premier temps, il n’est pas nécessaire de dire « mais pourquoi t’as pas été plus claire? » ou des « t’étais pas obligée de céder », phrases parfois trop systématiques alors qu’elles n’ont pas lieu d’être. La réponse est simple : il arrive de ne pas oser, d’avoir peur, de ne pas vouloir vexer, de céder pour avoir la paix et mille et unes autres raisons, mais aucune ne suffit à remettre une part de tort sur la victime. Sachez que chaque personne sur cette terre, vivra n’importe quelle expérience à SA manière; ainsi, ne vous permettez pas de minimiser les choses. Si cette personne a mal vécu un rapport intime, c’est selon sa personnalité, ses expériences, son ressenti personnel. Rien ni personne n’a légitimité à dire que « c’est pas si grave », « ne sois pas susceptible, ça arrive », « le contexte est flou tu sais, c’est pas de sa faute mais de la faute à pas de chance », « c’est juste une personne maladroite, c’est pas ce qu’elle voulait te faire », « C’est une bêtise de débutant ». Ce n’est pas à vous de considérer qu’une personne est victime ou non, c’est le ressenti de cette personne qui prime et le remettre en cause ajoute un poids non négligeable au travail de rétablissement de cette personne. Il n’est pas nécessaire et il est même inconcevable de chercher à trouver une raison, ou des circonstances atténuantes à la situation.

Dans ma collecte de témoignages, une fille m’expliquait qu’elle se « culpabilisait toujours un peu : ‘oui mais t'as cédé’ ou ‘Oui mais t'avais allumé par texto avant.. ’ » . Il arrive par ailleurs qu’une victime puisse se confier à vous alors que vous connaissez la personne dénoncée. Très souvent, on ne va montrer que de la peine pour la victime mais pas spécialement de déception envers la personne accusée car c’est plus simple et demande moins de force. La situation est certes, plus que délicate. D’un avis encore pleinement personnel, la question n’est pas de prendre partie. Libre à chacun de le faire ou non. Mais sachez que toute personne est différente dans ses rapports amicaux que dans ses rapports affectueux/intimes, l’objectivité est donc à rude épreuve. Loin de moi de considérer la tâche comme simple, mais à partir du moment où l’on a connaissance de quelque chose relatif à un rapport sexuel non consenti, nous avons une part de « responsabilité », le terme étant à prendre avec des pincettes. Je m’explique. 

À partir du moment où l’on a connaissance d’une situation de rapport non consenti parce qu’on nous l’a confié, et que l’on connaît la personne dénoncée, on se doit d’agir (je laisserais de côté l’aspect juridique des choses) en ouvrant un autre dialogue. Si la personne dénoncée est une personne avec laquelle on est ami, il semble judicieux bien que délicat, d’ouvrir le dialogue. Imaginez que cette personne n’a pas conscience de son acte ? Cela laisse à penser qu’elle pourrait recommencer. L’idée est que nous sommes dans une ère emprunte à la sensibilisation et l’éducation. Un garçon m’avait témoigné avoir fait subir des pratiques à sa copine qu’elle ne désirait pas tout en ignorant la gravité de ses actes ; il m’avait alors expliqué que « Ce n’est que plus tard pendant la douleur de la rupture que j’ai pu y réfléchir en faisant mon autocritique sur mon comportement au cours de notre relation ». La remise en question est alors possible mais pas toujours automatique et efficace, alors pourquoi ne pas intervenir, agir, aider à la remise en question d’un mauvais comportement ? Moins il y a de tabous, plus il y a de dialogues et de sensibilisation. Je considère qu’en agissant tout à chacun et à sa propre échelle, on permet aux choses d’avancer et aux mœurs d’évoluer sur les relations et les rapports sexuels.

Le but de cet article n’est pas de faire un discours moralisateur mais d’exprimer une pensée, un avis, sur un type d’événement tragique mais bien trop récurrent à mon goût que sont les rapports non consentis. L’avis exprimé au cours de cet article est un avis pleinement personnel illustré par quelques témoignages de victimes et par un vécu et des ressentis qui me sont propres, sur ceux dont j’ai eu besoin et parfois manqués.

En espérant que votre lecture aura été bienveillante.

anonyme