Christelle

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Saint Paul, 12h.

Je rejoins Christelle à la station de métro. Elle se retourne vers moi avec un grand sourire, vêtue d'un long trench, d’une marinière et d’une sacoche bleu électrique.

Christelle et moi avons commencé à parler il y a quelques mois sur Instagram après qu'elle ait découvert le projet. Sa personnalité, son parcours et ses idées m’ont tellement plu que je ne voulais absolument pas rater une occasion de la rencontrer lors de son passage à Paris. Au moment de notre rencontre, Christelle n'habitait pas en France mais à Berlin pour quelques mois, où elle effectuait un stage dans le cadre de ses études. Après une prépa économique, elle est entrée en école de commerce à Lille et a choisi Berlin comme destination pour faire son stage. “J'ai eu “deux premières fois” à Berlin : la première fois c'était en août 2016 où je suis vraiment arrivée sur un coup de tête pour un stage d'un mois dans un designer vintage shop, et la deuxième fois pour ma césure en janvier 2017. Le premier truc qui m'a marqué c'est la nourriture et son prix ! Sincèrement j'avais l'impression d'être au paradis !” Christelle a une grosse passion pour la nourriture et lorsqu’on lui demande quel est son premier amour berlinois, elle répond sans hésiter : ”LE DÖNER À 3,50€ (équivalent du grec à Berlin). Ici tu peux manger de tout quelque soit ton régime alimentaire (healthy, vegan, carnivore, kasher, halal) et t'as pas l'impression d'être privilégiée en allant au resto, ni en faisant les courses, par rapport à la France. Après dans le mode de vie, j'ai tout de suite été frappée par la liberté des gens. A Berlin, tout le monde vient avec ses codes (culturels, vestimentaires), c'est une ville très jeune par sa population et par son histoire (en tant que ville réunifiée) et le seul moyen de vivre ensemble c'est d'accepter l'autre tel qu'il est sans jugement. Pour les gens ici les codes c'est “l'ancien monde” et paradoxalement refuser aux autres d'avoir des codes c'est en créer de nouveaux tu vois ?” 

Une autre raison très importante pour laquelle Christelle a choisi d’aller à Berlin est la mode. “Ici la mode n'est pas une “histoire d'État”, elle ne fait pas partie du patrimoine au même titre qu'en France où la mode est très “sacrée/haute” et finalement très élitiste. “Ici les gens s'habillent comme ils ont envie, ils tentent et parfois c'est raté mais j'ai aussi très souvent vu des réussites. Tu peux sortir en pyjama, prendre le métro, tout le monde s'en tape (testé et approuvé). Avant d'être ici j'avais déjà un style “assez minimaliste”, je mettais peu de vêtements qui mettaient en valeur ma taille, je ne mettais pas de logo, que des couleurs et des coupes neutres, je n’avais pas de pièces très “street”. Au bout de 9 mois je peux te dire que mon style a bien changé, tu peux même le voir sur mon Insta : je me suis affirmée, je tente plus de choses dans les volumes et les coupes même si je mets beaucoup de noir, et pas mal de baskets.”

En parlant de mode, elle a commencé cette année, le jour de son anniversaire en mars, un projet en ligne, qui s’appelle La Mode Kézako, qui a pour objectif de rendre la compréhension de la mode accessible à tous. “Depuis que je suis ado, je lis énormément de livres de mode, j'étais abonnée à VOGUE, Grazia, je regarde beaucoup de documentaires, d'interviews, de films d'expo et je lis beaucoup d'articles. Mais je me suis rendue compte d’un sérieux paradoxe : la France est “le pays de la mode” mais on a très peu de contenu en français qui porte sur la mode en tant qu'industrie. Tu as beaucoup de blogs et chaînes de mode, qui parlent de vêtements et de tendances et je trouve ça très bien mais je n'ai encore jamais trouvé une chaîne qui parle de mode au sens “concret” par exemple comment on organise un défilé, qu’est ce que la Fashion Week, comment fonctionne un magazine, qui dirige VOGUE, etc… En fait pour moi La Mode Kezako, c'est le média que j'aurais voulu avoir quand j'ai commencé à m'intéresser à la mode plus jeune et que je ne trouvais pas grand chose expliqué d'une manière simple. C'est aussi une manière de montrer aux gens que la mode c’est sérieux, c'est bien plus que des vêtements et des dramaqueens, c'est aussi une industrie où les gens travaillent.” Lors de la Fashion Week, Christelle a fait des vidéos expliquant le fonctionnement de cet événement dont tout le monde entend parler. Dans sa dernière vidéo, elle explique comment entrer dans un défilé quand on n’a aucun contact dans la mode. “Et pour la suite, des interviews sur des personnes qui travaillent dans la mode arrivent. Ils parleront de leur métier, de leur parcours, de leur rapport à la mode et des conseils qu'ils ont à donner pour faire ce qu'eux font aujourd'hui. La prochaine, c'est avec Fanny Dussol, une photographe de mode à Paris. J'aimerais bien aussi lancer des podcasts trimestriels avec des amis sur des thèmes plus sociétaux/historiques comme “mode & identité’, "mode & immigration”, “mode & musique” mais on verra si j'ai le temps et le matériel adéquat !“

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Enfin, je lui demande ce qu’elle se voit faire dans le futur : “mon avenir, je le vois dans la mode parce que c'est vraiment une industrie qui me passionne et dans laquelle j'ai envie de changer des choses, mais je pourrais tout aussi bien travailler en politique ! Je dis toujours que dans 15 ans, on me verra à l'Elysée. Je n'ai pas une idée précise du métier, si c'est ça la question, mais je sais que j'ai vraiment besoin de faire un truc qui a un impact politique. Et j'ai déjà l'impression de le faire. Tout le monde ne le voit peut être pas comme ça mais dans mon travail, quand on choisit quelle égérie va incarner notre marque au niveau national, on décide indirectement de ce qu'on a envie de voir dans la société française, et qui sont les visages qu'on a envie de mettre en avant et inévitablement encore ceux qu'on “exclut”. Parce que la politique pour moi c'est ça, c'est comment on veut que notre société soit et avec qui on veut la construire.”

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