Seva

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J’ai rencontré Seva alors qu’elle passait à Paris pour le Sneakerness, si je ne me trompe pas. On se retrouve non loin de Sully Morland, où on décide de se retrouver pour prendre un verre, alors que le soleil brillait encore fort sur la capitale. Au début, la jeune femme m’avait envoyé un mail pour me parler du gros projet qu’elle mène, une entreprise qu’elle a monté. On a donc profité de son passage à Paris pour pouvoir se rencontrer et en discuter de vive voix.

Seva habite à Quimper, une ville de 70000 habitants en Bretagne. Elle y est née, y a grandi, et n’a jamais déménagé de la ville. “J’ai toujours vécu en Bretagne. Vivre dans une petite ville a ses avantages et ses inconvénients : quand je monte à la capitale, le changement est un peu brusque mais au bout d’un moment, le calme de la Bretagne me manque. Il est souvent dit que les bretons défendent corps et âmes leurs régions, pour le coup c’est vrai ! J’affectionne particulièrement ma ville et ma région, j’ai même un drapeau chez moi (rires).” On discute aussi du festival des Vieilles Charrues qui a lieu une fois par an en Bretagne et qu’elle me décrit comme une sorte de pèlerinage pour tout le monde. L’inconvénient principal, comme dans toute petite ville, c’est par rapport au développement : on a toujours un temps de retard par rapport aux grandes villes et les tendances arrivent plus lentement. Avec Internet et les réseaux sociaux, aujourd’hui ce n’est plus si dérangeant que cela.”

Son prénom a aussi une origine bretonne. “Il me semble semble que ça vient de la ville de Sainte Sève, donc Seva c’est le féminin de sève. C’est un prénom très peu répandu, une fois j’ai rencontré une autre fille qui s’appelait Seva, quand t’es habituée à être tout le temps la seule à porter un prénom ça fait bizarre. Seva veut dire “bonne santé”, des good vibes en gros, donc j'espère que la santé je l’aurais toujours !”

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Est ce qu’elle se voit rester à Quimper dans le futur ? “Je pense que je vais bouger. J’aimerais bien tester Rennes ou Nantes si mon projet décolle. Quimper c’est cool mais trop calme : quand je veux faire des soirées technos, je suis obligée d’aller à Nantes ou Rennes, qui sont de plus grosses villes, plus proches de la capitale mais qui restent peu éloignées de ma famille. Je ne serais pas trop loin, je ne partirais pas à l’autre bout de la France ou dans le Sud mais ça me permet de bouger. Quimper c’est une chouette ville mais on en a rapidement fait le tour.”

Seva a commencé à s’intéresser aux sneakers il y a 4-5 ans, au lycée et elle est tombée dedans au fur et à mesure. “J’ai commencé comme tout le monde avec des paires super basiques genre Stan Smith, Roshe Run, etc. Ma paire “déclic”, c’est une Asics Gel Lyte 5 Volcano en collab avec Ronnie Fieg que je trouvais vraiment magnifique. Je suis du genre à fonctionner selon les coups de cœur et le budget : j’achète une à deux paires par an donc je suis bien loin d’amasser des centaines de paires chaque année. Cette année, j’ai acheté les Converse Golf Le Fleur et les Nike Air Max Sean Witherspoon.”

“Il y a quelques années, je cherchais une paire de Nike Flyknit Racer mais elle n’était disponible qu’aux Etats Unis et en taille homme donc impossible de les trouver. C’est à ce moment là que je commence à réfléchir à un site qui pourrait référencer toutes les offres de tous les différents marchands et faciliter la démarche de recherche. J’ai tout simplement été confrontée au problème.” C’est ainsi qu’est né Seva, un comparateur de prix de sneakers et streetwear. La jeune femme a aussi décliné le projet en un média où elle raconte des parcours de passionnés de streetwear comme Anthony Suzon (photographe),  CamXV (illustratrice) ou encore plus récemment Yanis qui a créé CDR Clothing.

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A la fin de sa première année en DUT, elle découvre le statut étudiant entrepreneur, qui permet de combiner études et projet d’entreprise. L’année qui suit, elle se voit délivrer le statut par le ministère de l’éducation nationale et intègre donc le réseau Pepite Bretagne. “Ce statut m’a permis d’accéder à un premier réseau professionnel, d’avoir un tuteur qui suit mon projet et qui m’épaule : quand tu es seule à monter un projet et que tu ne sais pas où tu vas, c’est cool d’avoir une fiche de route qui te permet de rester carré. Enfin, le statut m’a permis de réaliser mon stage de fin de DUT dans ma propre entreprise : j’ai passé 2 mois chez moi à faire un business plan, du marketing…à l’issue de cette période, je devais passer devant un jury pour exposer tout mon travail.” Après ce “stage”, elle lance finalement l’entreprise en septembre 2017 et aidée par un développeur web, le site voit le jour fin 2017.

A côté de son entreprise, Seva fait du piano depuis 11 ans maintenant et de l’escrime depuis toute petite. “Le piano est un moyen pour moi de me concentrer. J’adore la musique de base et pouvoir rejouer des musiques de films et des musiques “néoclassiques” comme Yann Tiersen ou Ludovico Einaudi j’adore. T’es à fond dedans, tu sens la musique et c’est une sensation incroyable que j’adore. Pour l’escrime c’est totalement différent : pour les grands timides comme moi, ça permet de s’extérioriser, de s’ouvrir aux autres et de prendre confiance en soi. Tu appliques des stratégies, tu dois pouvoir répondre rapidement, réfléchir rapidement et garder la tête froide. Ça fait 16 ans que j’en fais et je compte bien continuer jusqu’à la fin de ma vie, peut-être, c’est un sport qui me complète, où je peux me défouler et travailler le physique.”

Ces activités mais aussi le fait d’entrer en études supérieures et de porter un projet lui ont permis de s’ouvrir et d’être beaucoup moins introvertie. “Le projet m’a permis d’acquérir une grande confiance en moi, ça m’a donné quelque chose en lequel je pouvais m’investir. Croire en quelque chose que je faisais moi même m’a ouvert pas mal de portes mais m’a aussi ouvert aux autres. Au collège, j’étais très timide : je n’étais pas super bien dans ma peau, les autres se moquaient un peu de moi et même un simple oral était une épreuve à passer. Au lycée, j’ai eu une bonne bande de potes qui m’ont un peu aidée à m’ouvrir et enfin dans les études supérieures, c’est ce projet qui m’a aidé à devenir beaucoup plus sociable.”

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Dans 5 ans, où se voit-elle ? “J’espère que je serais toujours à la tête de mon entreprise,  qu’on soit une petite équipe sur Nantes ou Paris, qu’on puisse proposer plus qu’un comparateur de prix. Je ne veux pas trop de hiérarchie mais plus comme une team en sport ou chacun a son rôle à jouer et où l’on serait tous réunis par cette même passion pour les sneakers. C’est une question à laquelle je n’aime pas trop répondre parce que je ne suis pas forcément sûre de quoi que ce soit.”

Je pense qu’une Vraie Meuf est une fille qui ne se prend pas la tête, qui s’en fiche des diktats, du jugement extérieur et fonce sur ce qu'elle a envie de faire. Elle vit ses passions à fond sans se demander ce que les autres en pensent. Une Vraie Meuf ne porte pas de jugement sur simple apparence, elle est justement très attentive envers ses proches et les personnes qu’elle rencontre. Je pense aussi qu’elle ne se sent pas obligée d’agir de telle manière, car c’est une femme. Une Vraie Meuf est unique.