Productivité et culpabilité

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Récemment, je suis revenue faire un tour sur ce site : le dernier post date d’il y a 2 semaines et le dernier portrait date d’il y a 2 mois.

Tout d’un coup, en faisant ce constat, je suis prise de panique. Qu’est ce que j’ai foutu pendant ces 2 mois pour ne pas sortir un portrait tout en continuant à bosser de manière quotidienne sur ce projet. Plus que de la panique, j’ai été sujette à une culpabilité terrible. Je me sentais coupable de ne pas avoir tenu mes engagements, de ne pas avoir tenu le rythme que je promettais, sans pourtant que personne ne soit venu me voir pour me réclamer du contenu.

En fait, la personne envers qui je ressens le plus de culpabilité est moi-même.

En méditant sur ma vie, je me rends compte que je passe toute la journée à tout remettre en question et à me rappeler que je ne suis pas assez bien. Le matin, je me dis que j’aurais du me lever plus tôt et sortir plus vite de chez moi. A l’école, je regrette de ne pas fournir plus d’efforts dans mes études. A la bibliothèque, je regrette de ne pas réussir cet exercice. En allant chercher les développements de mes photos, je regrette de ne pas avoir fait de meilleures photos. En relisant un article, je regrette qu’il ne soit pas mieux écrit. Et en allant me coucher le soir, je regrette de ne pas avoir fini tout ce qui était noté sur ma to do list.

Je me rends compte que la vie que je vis n’est qu’un long chemin de regrets et de culpabilité. 

Je profite donc d’un voyage loin de la capitale pour me remettre en question sur ma culpabilité constante : je n’ai jamais autant évolué que lors de ces deux dernières années mais par la même occasion, je n’ai jamais autant été aussi peu fière de moi au quotidien. Par exemple, j’ai passé aujourd’hui une excellente journée où je me suis promenée et j’ai profité de ma famille, mais en rentrant chez moi je me sentais très mal parce que ma journée n’était pas productive. 

Entreprendre, ça a l’air cool et facile, encore plus dans l’époque étrange dans laquelle on vit où c’est hype de bosser comme un taré. Sauf que entreprendre veut aussi dire ne pas avoir de patron : si demain, je décide de complètement arrêter de bosser sur ce projet, personne ne me demandera de comptes ou me virera. C’est pourquoi la pression que je me mets est d’autant plus importante et que mis à part moi, personne ne peut me la donner.

On vit dans une société où chaque minute de notre vie doit être productive et où il faut constamment lutter contre ces fléaux que sont la procrastination et l’oisiveté. Cette société du hustle où on admire les gens qui travaillent 24/7 et qui ont de l’ambition ne rend pas les choses faciles. Beaucoup de gens m’ont déjà complimenté sur le fait que j’étais une bosseuse. Est-ce vraiment un compliment ? Tout le monde court partout, boit des cafés comme si sa vie en dépendait et a un emploi du temps de ministre. “Productive” pour moi signifie avancer sur les cours ou sur mes projets (en particulier VraiesMeufs), mais est-ce la bonne définition ? Une journée oisive où je recharge les batteries et où je profite des personnes que j’aime fait aussi partie du processus de productivité. Ce n’est pas derrière un ordi qu’on trouve l’inspiration et la motivation de faire ce que l’on veut.

Je m’engage donc à ce jour de ne plus culpabiliser pour ce que je fais. Je fais déjà mon maximum et c’est cool. Parfois, je fais 10 choses dans la même journée, parfois je n’en fais pas une seule. Mais je ne m’en voudrais plus : même les low moments permettent, en libérant du temps à ne rien faire, d’apporter de nouvelles idées, de meilleures réflexions et donc de nourrir mon processus de création et de travail. D’autant plus que, je ne pense pas que vous me suivez en vous attendant à du contenu toutes les semaines avec une tolérance zéro. Je viendrais des fois en avance, des fois à l’heure et des fois en retard, sans aucune justification et à chaque fois plus solide qu’avant.