Pendant combien de temps encore allons nous tuer les femmes ?

Zapatos Rojos (Souliers rouges) est un projet d'art public de l'artiste mexicaine Elina Chauvet pour dénoncer la violence faite aux femmes, les féminicides et l'impunité face aux disparitions.

Zapatos Rojos (Souliers rouges) est un projet d'art public de l'artiste mexicaine Elina Chauvet pour dénoncer la violence faite aux femmes, les féminicides et l'impunité face aux disparitions.

En 2017, 130 femmes ont été tuées sous les coups de leurs compagnons ou ex-compagnons. En 2018, c’est 128 femmes à qui on a pris la vie. Aujourd’hui, nous sommes en juillet 2019, et 76 femmes ont été victimes de féminicides. La question que l’on vient à se poser est obligatoirement : qui devra être tuée suffisamment sauvagement pour intéresser les puissants ? 

Le collectif Nous Toutes a beau invectiver Emmanuel Macron, Edouard Philippe et compagnie quasiment quotidiennement, rien ne bouge. Alors qu’à son investiture, notre bon président avait promis de faire du droit des femmes, la “grande cause du quinquennat”, c’est plus de 330 féminicides qui ont eu lieu depuis, dans une indifférence presque totale. Alors les femmes, elles bien vivantes, ont décidé de dire STOP, une nouvelle fois. 2000 d’entre d’elles se sont rassemblées le 6 juillet place de la République pour ordonner au gouvernement d’agir, avant qu’une 77ème femme fasse les frais de cette impassibilité. Muriel Robin, figure de la lutte contre les violences conjugales n’a d’ailleurs pas manqué d’interpeller directement le président de la République : “ Vous avez parlé de cause nationale : où en êtes-vous ? Combien coûte la vie d'une femme ? “.

Alors Emmanuel Macron, pris d’émotions, s’est emparé de son compte Facebook. Il a posté le nom de toutes les femmes victimes de féminicides depuis janvier 2019, et a rappelé le numéro à contacter en cas de violences. Ensuite, c’est Marlène Schiappa qui s’en est mêlée. La secrétaire d'État en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes a estimé que 76, c’était un peu beaucoup quand même, et a proposé sa définition de la solution d’urgence. Du 3 septembre au 25 novembre prochain aura lieu un “Grenelle des violences conjugales”. Qu’est-ce qu’un Grenelle ? Et bien c’est un débat. C’est probablement ce dont nous avions besoin, c’est sûr. 

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir donné des idées concernant les mesures à prendre pour régler le fléau des féminicides. Avec le #5MesuresContreLesFéminicides, le collectif Nous Toutes a même réalisé des visuels personnalisés pour chaque personnalité politique qui pourrait potentiellement sortir les femmes de ce calvaire. Concernant Edouard Philippe, il devrait “donner la consigne ferme aux commissariats et gendarmeries qu’aucune femme victime de violence au sein du couple ne reste sans réponse sous peine de sanction”. La ministre de la justice Nicole Belloubet “doit fixer des objectifs d’attribution d’ordonnances de protection dans chaque département”. Et puis Marlène Schiappa devrait expressément doubler les subventions aux associations qui accueillent les femmes victimes de violence”. Tant de solutions qui pourraient amoindrir les féminicides, à la manière de l’Espagne qui les a réduit de 38% au cours des dix dernières années, le rappelle la Fondation des Femmes.

Mais au final, ils le savent tous pertinemment. Si Catherine J. est la 76ème femme victime de féminicide depuis le 1er janvier 2019, ce n’est pas parce qu’elle n’a pas téléphoné au 3919 à temps. L’homme qui l’a tué était déjà connu des services de police pour des faits de violences conjugales. Et si vous avez l’impression d’avoir déjà entendu cette histoire quelque part, c’est plus que probable. C’est presque systématique : les femmes victimes de féminicides ne sont que très rarement les premières proies des tueurs. Le fait est que les preuves ne sont jamais suffisantes pour la police et la justice. De non-lieu en classement sans suite, les femmes sont sur la sellette dès la première gifle, dès le premier coup de pied. Alors qui provoquera le déclic au gouvernement ? 


écrit par Claire