Pauline

16.JPG

Dans le cadre d’un cycle de conférences sur les femmes et leurs métiers organisé par la maison d’édition indépendante Faces Cachées Éditions, nous avons eu la chance de nous entretenir avec trois personnages de l’industrie du rap : Pauline Duarte, Daphné Weil et Netta Margulies.  

Universal Music, 15h30

Pour ce premier entretien, avec mes collègues de l’équipe Faces Cachées, nous sommes chaleureusement accueillis par Pauline dans les locaux du label Def Jam. “C’est l’occasion de s’exprimer sur les femmes en général et notamment sur les femmes du rap. La place des femmes dans le rap est très péjorative. Pour certains, c’est juste des fesses dans les clips, sauf qu’il y a plein de petites mains et de grands cerveaux qui sont derrière les rappeurs. Oui, il y a des filles qui montrent leurs fesses, elles font partie du game. Moi c’était mon grand kiff d’aller recruter les plus beaux boules, parce qu’elles assument et puis elles font de l’argent comme ça, ce n’est pas dégradant, le corps d’une femme, ça ne l’est pas !”

On s’installe dans son bureau où l’on peut admirer les multiples disques d’or qui ornent ses murs : SCH, Alonzo, Kaaris, Lacrim, Kalash Criminel, Koba LaD… Pauline Duarte est à la tête de l’une des plus importantes écuries de l’industrie du rap français. Elle supervise le label, planifie les stratégies et les sorties de projets, elle préside si bien les directions artistiques que marketings.

Étant la petite sœur de Stomy Bugsy, membre du Ministère A.M.E.R, Pauline baigne dans le rap depuis sa tendre enfance. “J’ai commencé par passion. Grâce à la carrière musicale de mon frère, j’ai été confrontée au côté professionnel du rap français, j’ai pris conscience de toute l’organisation qu’il y avait autour de lui. Faire des stratégies, produire des clips, gérer des budgets c’est un métier !” Véritable élément déclencheur. “J’avais 15 ans et je savais que je voulais faire du marketing dans la musique, alors je m’en suis donné les moyens et toutes les chances, j’ai carburé comme une folle, c’était un choix.” Avec l’aide de son grand frère elle s’est lancée : “Quand j’ai annoncé à mon frère que je voulais travailler dans la musique il m’a boosté et depuis il m’a toujours soutenu. J’ai commencé tout en bas, j’ai été pistonnée chez Columbia grâce à lui. Premier jour de mon stage : j’ai collé 1000 étiquettes sur des CD de Yannick Noah.”

17.JPG

Petit à petit, après une formation à l’Institut des Métiers de la Musique et malgré les bizutages de stagiaire, Pauline se fait une place au sein de chez Sony Music : “Quand j’ai commencé chez Sony j’étais entourée de femmes, il n’y avait que des femmes à la direction, ça m’a donné envie de me dire qu’un jour je pourrais diriger un label”. Puis, elle passe quelques temps chez Because avant de se retrouver chez Def Jam en 2014 et d’être nommée responsable l’an dernier. “Je me suis donné les moyens de réussir, je savais que j’avais le potentiel depuis longtemps et que je pouvais le faire. Un jour, un collègue m’a dit : “Pauline, tu sais, si tu ne demandes pas, tu n’auras rien.” Ça a été un déclic pour moi et je savais que j’avais les capacités, l’énergie, la foi et une bonne vision, il fallait y aller. J’étais persuadée que j’avais les capacités et les couilles de le faire. Je savais que je pouvais même mieux faire les choses.”

Au quotidien, Pauline accompagne et supervise son équipe : “Je gère que des mecs, quand tu es une femme dans le rap il faut avoir un petit caractère quand même, aimer le rap ça suffit pas et il faut tenir bon même si je trouve que la culture rap et hip hop en général est respectueuse.” Elle fait également beaucoup de développement avec ses artistes, c’est un coaching permanent et très sincère : “Moi je leur dis que je vais être là à leurs côtés, qu’on va avancer. Mais c’est dur, aujourd’hui tu peux avoir ta place, mais demain on peut te doubler. Sauf qu’on va se battre, et moi je vais me battre à tes côtés. Je parle avec mon cœur, sans prendre de pincettes et j’ai l’impression que c’est une qualité réservée aux femmes. Je sais de quoi je parle, je suis un bébé du rap. Je sais où je vais, puis la musique c’est à l’instinct, il n’y a pas de recette magique. Le tout c’est d’avoir les artistes qui te font confiance. C’est une question de personnalité : les femmes sont plus humbles, on fait attention à ce qu’on dit et fait, on ne veut froisser personne.”

07.JPG

Depuis l’année dernière, Pauline a ajouté une nouvelle corde à son arc : elle est devenue maman. “Etre maman ça a changé ma vie, ma vision et mes priorités. L’avantage maintenant c’est qu’on ne m’appelle plus après 20h. C’est énormément d’organisation mais c’est faisable, ce n’est pas difficile, je le fais et puis j’ai un mari qui assume à mes côtés, un bébé ce n’est pas une contrainte.”



Une vraie meuf c’est une meuf qui a une vision, qui sait où elle va et qui a des couilles.

écrit par Chahinaz