On y était : l'expo "Le Modèle Noir" au musée d'Orsay

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L’exposition le Modèle Noir de Guéricault à Matisse au Quai d’Orsay propose un tour de la fin du XVIIIème siècle sur les modèles noirs dans le contexte colonial du côté de la peinture française. L’exposition est très riche et grande, il faut prévoir au moins 2h pour pouvoir capter ce qu’elle a à nous offrir, et au moins 3h si on souhaite mieux assimiler ses enjeux. La grande richesse d’œuvres en vaut largement le détour : Le Radeau de La Méduse et ses secrets ou encore l’Étude d'homme d'après le modèle de Joseph par Théodore Géricault, la fameuse Olympia de Manet, Le Bain turc de Gérome, entre de nombreux autres. Et cela seulement pour la peinture… car d’autres types d’arts sont exposés également : des sculptures, des poèmes avec Baudelaire et sa chère Jeanne Duval, des extraits de films-documentaires, et bien sûr de la musique sur le Jazz et la Renaissance de Harlem.

La visite est riche de questionnements quant aux polémiques existant dans l’Histoire de l’Art à propos de ce rapport avec les modèles Noirs, au XVIIIème siècle notamment. L’exposition ne se limite toutefois pas à la présentation des œuvres allant de Géricault à Matisse, la chronologie continue à proprement parler jusqu’au milieu du XXème siècle; quelques œuvres de la fin du siècle dernier et du XXIème sont exposées à la fin de la visite. Si la partie Histoire de l’Art « classique » est complète, que les autres arts sont exposés, nous trouvons également un espace réservé au cirque, qui a été une période marquante de l’histoire noire, a également trouvé sa place dans le cours chronologique de l’exposition et qu’il est important de remarquer car rarement présenté et étudié. Cette exposition ne concerne pas que l’Art et l’iconographie du modèle noir, elle possède également une qualité historique complète qui traite plus largement des grands moments de l’histoire noire.

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Le contenu est bien présent… qu’en est-il des explications et de la contextualisation des œuvres ? Comparée à la plupart des expositions qui se font depuis quelques temps, il est vrai que nous trouvons plus de textes, de chronologie, de contexte. Toutefois, quelques points historiques auraient pu être mieux explicités que par de simples dates sur des frises chronologiques. Les révoltes de Saint-Domingue par les esclaves sont évoquées à de nombreuses reprises, sans que nous sachions particulièrement ce qu’il s’y est passé, ce qui est d’autant plus regrettable que c’est une partie de l’Histoire qui est déjà très occulte à la base… Il ne suffit pas de nommer un événement et son importance pour le connaitre. Une occasion manquée d’éduquer le public sur ce sujet.

Bien que l’exposition soit riche en œuvres, que les explications soient plus présentes qu’ailleurs et que des questions se posent, nous ne trouvons que peu de réponses ou du moins peu de débuts de réponses sur les débats existants dans l’Art, dans l’Histoire, sur la question noire. Le parti pris qui permettrait d’assumer et de dénoncer explicitement, voire radicalement, le traitement envers les Noirs dans les colonies et plus tard en Europe dans les cirques par exemple n’a pas eu lieu. Évidemment, il s’agit de laisser place à la réflexion de chaque visiteur, mais cette nécessité doit-elle également exister à propos des crimes contre l’Humanité et des discriminations?

En somme nous saluons le Musée d’Orsay d’avoir permis cette exposition sur un thème contemporain sujet à débat et le travail de scénographie qui met en valeur ces nombreuses œuvres. Nous regrettons, qu’une fois de plus, ce soit le point de vue des —artistes—Blancs qui soit le plus pris en compte… même lorsque l’exposition s’appelle le Modèle Noir. L’exposition part en effet d’artistes Blancs et débouche rapidement sur quelques artistes Noirs : une voix plus importante aurait dû être laissée à ces derniers. Compte tenu de la richesse de l’exposition : c’est dommage, tout était présent pour mettre en avant cette problématique également; le gros travail de réflexion socio-anthropologique, pourtant démarré par les artistes (même Blancs) présentés, nous revient. 

Tout les infos de l’exposition sont disponibles sur le site du musée du Quai d’Orsay

écrit par Inès