Nirina

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On se retrouve avec Nirina dans un café place de la République, pour profiter des premiers rayons de soleil dans la fraîcheur de ce début de mois d’avril. La conversation commence avec le fameux débat “thé ou café”, où le café ressort gagnant pour aujourd’hui, la matinée oblige. “Le thé c’est le moment où tu te mets dans un mood méditation. Même l’action de faire du thé a quelque chose de l’ordre du rituel. Je ne l’étais pas avant mais maintenant je suis vraiment une meuf du café !”

Mardi dernier, Nirina a publié le clip de Femme fontaine, une vidéo en noir et blanc, où on peut voir un groupe de femmes pratiquer la danse des cinq rythmes, dans un désert aride. Ce premier titre annonce le projet du même nom qui sortira fin mai. Celui-ci raconte l’histoire d’un monde post crash où l’eau est contrôlée par les gouvernements et en réponse à cela, une communauté de femmes s’organisent pour survivre. Grâce à des danses, des chants et les vibrations que ces femmes émettent, la water resistance arrive à hacker les ondes météorologiques et à faire tomber la pluie. Une de ces femmes, Lady Lune, va tomber amoureuse d’un musicien, ce qui va challenger sa quête. Grâce à cet amour, elle découvre le pouvoir de la femme fontaine et réussit à ramener l’eau dans la communauté.

Cette histoire n’est pas seulement une histoire écologique. “Dans l’industrie de la musique et dans le monde en général, on veut t’enlever ta sensibilité. La water resistance, c’est la résistance de la sensibilité, c’est mettre ses émotions à nu dans un monde sec, un monde qui ne veut pas que tu sois sensible.” Est-ce-qu’on peut être une femme forte et sensible ? La réponse est évidemment oui pour Nirina. “Mon hypersensibilité m’apporte tout, me donne l’inspiration et la possibilité de me connecter à mes frères humains. C’est pour cela qu’on doit arriver à construire un monde pour les sensibles.”

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“Ce projet est une partie de ma vie. Les textes parlent d’amour, il y a une relation qui traverse l’histoire.” En le réalisant, Nirina ne se mettait pas d’objectifs, elle posait simplement ses intentions en terme de vision à chaque son. “Quand je fais une chanson, elle doit me transformer. Je pense que chacune des tracks de cet EP m’a permis de conscientiser quelque chose, de transformer un truc qui était en moi et qui n’était pas à sa place. A chaque fois, j’en ressors avec un nouveau moi.” Son véritable objectif du moment ? Accoucher. “Quand tu sors des projets importants tu deviens mère en quelque sorte. Tu donnes vie à une idée qui germait dans ta tête. J’ai hâte d’accoucher de ce projet qui m’a pris 2, 3 ans. Je suis d’ailleurs déjà sur la suite.”

Comment rendre un mot comme “femme fontaine” poétique, alors que c’est un mot entouré de honte ? A force de performer cette chanson, la signification de l’expression taboue, flippante, avec son rapport au porno a changé pour Nirina : un de mes objectifs c’était de changer justement la perception qu’on a de ce mot. Femme fontaine c’est une femme qui se réapproprie son énergie sexuelle et qui l’utilise pour transcender. “Quand tu fais l’amour avec quelqu’un, c’est un partage d’énergie, un dialogue. Tant que ce n’est pas la bonne personne, tu n’as pas à te forcer ailleurs, notamment après une rupture.” Elle me parle de fantômes amoureux. “Quand tu as une relation aussi intime qu’une relation sexuelle, ça te hante. C’est la raison pour laquelle lorsqu’on ne voit pas quelqu’un pendant longtemps parce que la personne nous manque, on est comme habité par elle.”

Fais l’amour, pas la guerre, le paradis entre mes ovaires

Ce qui traversait la réflexion de l’EP, le sujet qui l’obsède, c’est de faire le lien entre la sexualité et le sacré. “J’étais dans une relation qui me faisait poser toutes ces questions là. Le fait de séparer le sexe du spirituel est aussi dû à la société de consommation dans laquelle on vit où tout est productivité, goal, travail, rapide. On finit par se retrouver dans des sexualités insatisfaisantes, on parle tout le temps de la “quête de l’orgasme.” Tous ces mouvements féministes qui déconstruisent le plaisir féminin et l’orgasme féminin sont géniaux, mais il ne faut pas non plus être obsédé par cette idée. Je veux dire que si tu es obsédé d’avoir ton orgasme, tu passes à côté du moment présent. Cela devient mécanique et à terme, cette quête peut finir par te faire perdre ton désir. Moi, je milite pour du SLOW SEX.”

Avant de faire de la soul fiction, Nirina était en école de commerce. Elle a travaillé dans le milieu du numérique avant de tout envoyer balader. “Tu te rends compte quand même que l’idée du marketing, c’est de rendre scientifique le désir des gens. Il y a une accélération du processus, la machine va savoir avant toi ce que t’achètes. On est en train de rationaliser des choses qui ne devraient pas être rationalisées.” En ce moment, Nirina profite d’une pause entre deux boulots pour vivre à la nomade dans les prochains mois. “J’ai lâché mon appartement à une pote et j’ai fait le vide. C’est hallucinant toutes les choses qu’on accumulent, ça pèse trop lourd, tu peux pas être nomade avec ça. C’est drôle parce que dès que tu commences à jeter le premier objet, t’as envie de tout jeter. Après, il y a des fétiches : dans les objets, on met quelque chose de magique qui leur donnent de la valeur. Je n’arrive pas à jeter les mots, lettres, cartes postales, post-its, carnets…. les écrits sont des parties de moi à un moment donné et c’est un plaisir de voir qui j’étais. J’aime beaucoup lire les lettres d’intentions d’anciens projets aussi !” Elle m’explique avoir donné trop de livres, films, CDs. Elle a jeté beaucoup de pochettes mais a gardé certains artworks qu’elle appréciait, notamment celui de Homogenic de la chanteuse Björk. “L’album a 20 ans mais l’esthétique est tellement avant-gardiste ! Björk est une mère, sans elle la plupart des artistes de notre époque n’existeraient pas.”

Une vraie meuf est une magicienne de l’émotion