Le rap, un genre misogyne ?

téléchargement (1).png

Depuis ses débuts, la société dénigre le rap, le qualifiant de “misogyne” et “sexiste” et le considère comme la pire musique qu'une femme pourrait écouter, alors qu'en réalité le sexisme est présent partout, que ce soit dans la pop culture ou au sein des mentalités. Certaines remarques stéréotypées sont très répandues telles que “ce n'est pas très joli pour une fille d'écouter du rap” ou "être féministe et écouter du rap n’est pas possible" mais cela n’empêche pas le nombre de femmes qui écoutent du rap d’augmenter.

C'est grâce aux réponses de trois auditrices que nous allons vous montrer en quoi écouter du rap en étant une femme, au regret de tous ces auditeurs masculins pensant avoir le monopole, est bel et bien possible.

 

Ana, 17 ans, Montreuil, terminale L

“A l'âge de 9 ans, j'ai commencé à écouter du rap US avec Snoop Dogg. Je traînais sur Youtube quand je suis tombée sur ses musiques avant d’écouter des playlists de rap US, mais pas de rap français parce que je ne savais pas que ça existait. Aujourd'hui j'ai pris connaissance d'énormément de rappeurs et mes préférés sont Biggie, NAS, Snoop Dogg, Kanye West, Travis Scott, Young Thug, Meek Mill et Migos pour le rap US, puis Booba, Rohff, PNL, Damso et SCH pour le rap français. Pour moi le rap c'est avant tout les initiales de “rythm & poetry”, avec des beats inspirés d'autres styles de musique (jazz ou reggae) et des paroles inspirées d'expériences personnelles.

Je trouve que les femmes dans le rap ont toujours été rabaissées, que ce soit dans les paroles ou dans les clips. Dans ces derniers, celles-ci font souvent office de femmes objets, payées pour faire les salopes, souvent dénudées pour apporter plus de vues à l’artiste. Dans les lyrics, on ressent souvent une certaine haine envers la femme sûrement due à des relations compliquées qu’a vécu le rappeur en question. Je trouve ça rabaissant mais en vrai, je n'écoute pas vraiment les paroles, je m’intéresse surtout au flow et à la voix de l’artiste. J'en ai absolument rien à faire de ce que peuvent penser les rappeurs de meufs qui les ont blessés. 

Je pense qu'au même titre que les hommes, je peux écouter du rap car nous
sommes égaux. Ce n'est pas parce que les sons parlent de putes que je ne peux pas écouter le son, n'en déplaise à certains fermés d'esprit. Je pense qu'il est possible d'écouter du rap en étant féministe, il n’y a aucune loi qui l'interdit, sinon les femmes ne rapperaient pas par exemple.“ 

 

Mounia, 18 ans, Longwy, terminale ES


"Pour moi le rap c'est avant tout un style de musique et c'est compliqué de poser des mots dessus donc je le définirais par l’album Le code de l'horreur de Rohff ou encore L'école du micro d'argent d'IAM. J'ai connu le rap grâce à mes oncles : ils écoutaient de tout, mais je me rappelle que beaucoup de sons de NTM ou Kopp tournaient dans la voiture. J'ai vraiment commencé à en écouter au collège, je dirais. Mes rappeurs favoris sont PNL, Kaaris, Ninho, Sadek, Kalash Criminel… 

Je ne me sens pas visée quand ils parlent de femmes dans leurs sons parce que je ne suis qu'une fille de 18 ans qui écoute ça. Même si l’image de la femme a toujours été représentée dans le rap avec des meufs comme Diam’s ou aujourd’hui Shay, elle reste beaucoup dégradée par les rappeurs. Homme ou femme, on est tous pareils et je ne pense pas que ce soit un style uniquement réservé aux hommes, la société évolue.”




 

Romane, 17ans, Saint Quentin, terminale S

“J’ai eu la chance d’avoir une éducation musicale très variée, je suis née dedans et j’ai accroché spécifiquement au rap par les messages clairs et bruts qu’il transmet, mais j’ai sérieusement commencé à m’y intéresser avec Nessbeal vers mes 8/10ans. Ce qui est bien avec le rap, c'est qu'il se divise en plusieurs styles plus ou moins différents. J’en ai tellement écouté et aimé que je ne me sens pas capable de citer les artistes que je préfère, c’est un style vivant en constante évolution. 

L’image de la femme dans le rap c’est la question qui fâche, je trouve que dans le rap la femme est considérée comme un objet sexuel. Bien sûr, je ne crie pas au sexisme pour autant parce que je sais interpréter le second degré. Je prends en compte que le rap c’est aussi un jeu, une image que se crée l’artiste et qui s’apparente presque à la caricature. Il ne faut pas oublier que la plupart des rappeurs qui tiennent ce genre de propos vis à vis des femmes sont mariés et élèvent des enfants (clin d’œil au DUC), il suffit de tendre l’oreille et de faire charbonner ses neurones pour comprendre que ce n’est qu’un jeu avec de l’exagération. De plus si le rap est de plus en plus violent envers la femme, c’est parce que c’est ce que les gens aiment et veulent entendre. Pour le coup je dirais alors que défendre l’égalité des sexes n’empêche en rien d’écouter du rap "sexiste” (qui n’existe pas réellement à mon sens) au contraire, même pris au premier degré, il permet de se mettre à la place de celui qu’on combat, interpréter ses idées pour mieux le battre. Et le rap ce n’est pas que ça, je tiens à préciser que beaucoup de femmes se lancent dans le rap ces derniers temps et qu’elles y sont malgré tout très bien accueillies, je pense notamment à de très bonnes artistes comme Princess Nokia. Le rap défend aussi de nombreuses causes autres que le féminisme ou liées, comme Mona Haydar qui fait du rap audacieux contre l’islamophobie. Pour moi, une vraie meuf est sûre d’elle et sincère, c’est tout.


écrit par Chahinaz