Le féminisme est-il seulement affaire d'égalité hommes-femmes ?

Tous les jours, j’entends une femme se défendre avec ferveur d’être féministe. Tous les jours, j’entends un homme fustiger le féminisme “moderne”, clamant que le vrai féminisme, c’était les suffragettes et Simone de Beauvoir (sans en avoir lu une ligne, d’ailleurs). Tout cela révèle que la notion de féminisme n’est vraiment pas clair. Dire que le féminisme actuel est le même qu’il y a 50 ans, ce serait mentir. Mais si les enjeux ont évolué, il n’en reste pas moins plus actuel que jamais.

Concernant le féminisme, il y a toujours eu deux écoles. Volonté d’une égalité hommes/femmes, ou volonté d’une supériorité de la femme ? Si je rejette le second, j’approuve évidemment le premier. Mais j’exprime mon désaccord concernant l’affirmation faite par de nombreuses féministes ou alliés : “Le féminisme, c’est uniquement souhaiter l’égalité hommes/femmes. Rien de plus.”

Si l’on s’arrêtait à cette seule assertion, alors on donnerait raison à ces personnes qui blâment quotidiennement le féminisme moderne ou “néo-féminisme”. Puisque au regard de la loi, hommes et femmes sont libres et égaux en droit. Mais, nous savons toutes et tous qu’en fait il n’en est rien. L’inégalité ne règne plus dans les textes, mais il est toujours bien présent dans notre vie quotidienne, et même dans l’imaginaire collectif.

Sans passer par une volonté de supériorité et de domination sur l’homme, le féminisme ne peut exister sans la notion d’empowerment. Il faut donner davantage de pouvoir aux femmes, mais surtout leur montrer qu’elles en ont le droit : en somme, qu’elles sont à leur place, n’importe où. Pendant trop d’années, on a cessé de répéter que la place des femmes n’était pas à la décision, car ces dernières étaient des incapables, bien trop prisonnières de leurs émotions, et plus douées avec le linge de maison.

Cependant, il ne faut pas voir l’empowerment comme une lutte castratrice pour les hommes ! L’idée n’est pas de prendre la place de l’homme, l’idée est de prendre sa propre place. Parce qu’il n’y a aucun poste réservé à la gente masculine. L’idée est aussi de montrer que les accomplissements des femme sont aussi importants et nombreux que ceux des hommes, même s’ils ont de tous temps été invisibilisés (cf. Ni vues ni connues du Collectif Georgette Sand). Réaffirmer la place de la femme dans la société, sa force, son talent, c’est surtout ça le féminisme. 

Si les “vrais combats”, comme disent les anti-féministes, résidaient à l’époque dans la lutte pour les droits fondamentaux, c’est aujourd’hui une véritable quête de reconnaissance qui est en marche. Les femmes valent autant que les hommes, et pas seulement au moment du vote. Cela va de soi qu’être féministe, c’est souhaiter l’égalité hommes/femmes, mais comme je le disais plus haut, cela doit obligatoirement passer par une revalorisation de sa place dans la société. Celle qu’on a tant piétiné, et que l’on continue de piétiner. Il n’y a qu’à voir de nos jours, les femmes scientifiques sont harcelées, les journalistes et femmes politiques jugées sur leur façon de s’habiller. Les sportives sont insultées pour un physique jugé désavantageux, trop avantageux, un short trop court, un hijab de sport … On ne juge que sur la forme, rarement sur le fond. 

Le féminisme, c’est entendre, et surtout écouter ce que les femmes ont à dire. Elles ont dû se taire pendant si longtemps. Au final, Le féminisme, c’est tout simplement l’injonction de ranger les femmes au rang d’être humain, et non de “chatte”, de “poule pondeuse”, de “cochonne” ou de “vache à lait”.


écrit par Claire