Kahina

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Kahina et moi étions dans le même lycée, j’étais en terminale lorsqu’elle est arrivée en seconde. Nous n’avions jamais vraiment pris le temps de discuter lorsque j’étais encore lycéenne, mais quelques discussions qui sont arrivées plus tard sur Facebook au sujet de nos projets respectifs m’ont amené à lui proposer ce rendez vous.

Je la retrouve donc sur la terrasse d’un café ensoleillée, pour boire un thé à la menthe. C’est la fin de l’été, il fait (très) chaud et on commence à discuter du lycée, de son enfance passée à travers le monde et de sa passion pour l’art.

Cette année, Kahina entame une première année en langue arabe. “Je voulais faire ces études parce que je suis franco-algérienne et même si je suis d’une famille kabyle, si je décide de partir en Algérie, j’aimerais maîtriser l’arabe pour ne pas être à nouveau une étrangère dans ce pays.” Cela fait longtemps qu’elle est en contact avec l’arabe, elle qui a passé une bonne partie de sa vie en Arabie Saoudite. “Et même dans les autres pays où j’ai vécu, j’ai toujours été en contact avec une diaspora arabophone (souvent libanaise), donc c’est important pour moi de finalement apprendre la langue que j’ai appris que partiellement jusqu’ici.”

Au delà de la langue, c’est surtout l’aspect culturel et historique qui l’intéresse. La jeune fille est fascinée par les arts de l’islam en Afrique de l’Est et aimerait bien travailler sur l’immigration dans un futur proche. “Le but c’est de se poser des questions sur : Est-ce-que les descendants de l’immigration forment une communauté ou est-ce-que c’est spécifique à chaque diaspora ? est-ce-qu’on forme un “nous” ou est-ce-que les expériences sont tellement différentes qu’au final, on appartient à des communautés spécifiques ? C’est sur ces thématiques que j’aimerais travailler.”

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Kahina a grandi un peu partout avant de rester définitivement à Paris. Elle a passé la plus grande partie de son enfance et de son adolescence en Afrique et au Moyen Orient. “C’est le truc dont je parle le plus chez moi, parce que quand j’ai emménagé à Paris, le premier truc qu’on m’a demandé c’est d’où je venais. Grandir en expatriée a été une expérience très différente selon les pays. En Arabie Saoudite, ta vie se limite au Compound (sorte de campus fermé avec logements, écoles, activités…. où il y a plus de liberté que dans le reste du pays) : tu as ta piscine, ton skatepark et tu vis très proche de tes amis, super éloignée de la population locale. On était en contact avec des diasporas très bourgeoises et privilégiées : libanais, emiratis, français…” Le Nigeria, elle l’a vécu différemment maintenant que la barrière du Compound est absente. “J’étais beaucoup plus en contact avec les personnes du pays contrairement à l’Arabie Saoudite. C’était une période compliquée pour moi, mais les raisons se rapportent plus à la période collège qu’au fait de vivre ailleurs.”

Ce qui est intéressant, c’est comment une enfant grandit quand on l’expatrie. “Pour la plupart des jeunes parisiens, c’est trop génial, ça forme la jeunesse. J’ai eu une expérience un peu différente parce que je partais, je passais un temps à Paris puis je repartais. C’est ça qui m’a permis de voir que tout le monde n’avait pas la même chance, mais cela m’a aussi permis de voir les failles de ce genre de vie.”

C’est à la fin de son collège que Kahina pose définitivement ses valises à Paris. Elle entame son année de seconde dans un lycée parisien. “Quand je suis revenue, je n’avais qu’une envie, c’était de bouffer Paris. J’étais très pressée de revenir et j’avais envie de faire plein de choses, de tout découvrir, d’apprendre. Rencontrer des gens, aller à des concerts, aller au musée… la lycéenne voulait clairement rattraper le temps perdu. L’art est la première chose qu'elle découvre à son retour. “Pendant un an, je n’ai fait que ça : voir des spectacles, des expositions, des concerts… j’ai réalisé que j’avais vraiment envie de participer au monde de l’art mais j’avais zéro connaissance. J’ai même pris des cours d’arts plastiques par exemple, mais je ne connaissais rien à l’art de la renaissance par exemple. Je n’ai jamais fait de musique, je ne savais pas chanter… il n’y a rien qui me rapprochait de l’art en soit. Le fait d’arriver à Paris m’a donné la dalle, c’est comme ça que j’ai eu envie de commencer quelque chose.

Ce quelque chose qu’elle va commencer, c’est P’tits Consune association créée un an après son arrivée à Paris“C’était vraiment nécessaire pour moi de participer à cette effervescence sans faire forcément d’art. On a créé cette association avec des amis de mon lycée en novembre 2016.”

Les gens avec qui elle travaille ont des profils très différents mais le plus important, c’est de donner les clés aux gens, qu’ils se partagent leur connaissance, qu’ils s’autoforment. “Même si notre nom n’apparaît pas sur la fiche, ce n’est pas ça le plus important. Ce qui compte c’est qu’on puisse trouver des opportunités aux gens, qu’on puisse leur créer un espace où ils peuvent s’exprimer et qu’on apprennent d’autres associations.”

 A la suite de cela, Kahina est entré dans une autre association qui s’appelle BPM (Bitume Plume Musique) qui organise des open mics, soirées, scènes ouvertes hip hop à Paris. “Cela maintient ce côté inter-associatif ou BPM aide Ptits Cons, Ptits Cons aide BPM et ce que j’aime c’est la solidarité entre nous, l’éclat’ qu’on a à organiser des évents et voir qu’on rend service à des gens, c’est tout l’avantage de ce qu’on fait.”

Comme elle ne s’arrête jamais, Kahina est aussi en train de travailler avec un collectif sur la création d’une nouvelle association. “Ce sera une association de graffiti et d’art de rue donc ça me permet de voir autre chose. J’espère beaucoup de cette nouvelle collaboration et du travail qui va être fait. Cumuler les projets comme ça me permet aussi d’enrichir Ptits Cons en essayant de mélanger les genres mais surtout de m’enrichir moi, personnellement.”

Pour moi, toute la définition d’une vraie meuf est résumée dans cette chanson :


Big Up - Diam’s

Tu peux retrouver Kahina sur Instagram