Helma

Le Tricycle, 17h.

Helma m'attend au premier étage. Elle travaille dans ce restaurant vegan du 10e arrondissement la journée, mais elle n'est pas végétalienne. “Ça coûte cher d'avoir un tel régime…”

Après un bac S, elle décide de faire des études à mi-chemin entre l’art et la technique, mais elle laisse tomber parce que ce n'est pas du tout ce à quoi elle s'attendait. “Je crois que je ne suis pas faite pour le système scolaire, ça tue la créativité et ça ne laisse pas de temps pour tes projets personnels.” De la créativité, Helma en a beaucoup, je la trouve très inspirante. “Un jour, un professeur nous a demandé de programmer un jeu vidéo avec un personnage tireur, un objet missile et des personnages victimes. On pouvait ajouter un fond sonore et un fond imagé. J’ai choisi de faire Bouddha qui tire des améthystes sur Marine Le Pen avec en fond sonore So High de DojaCat et en fond, un gif de kaléidoscope trouvé sur Tumblr qui pique les yeux. Mon prof nous évaluait en temps réel et comme on était jugés sur nos capacités techniques, même si j’ai compris qu’il n’était pas fan de l’aspect graphique de la chose et qu’il m’a posé plusieurs questions douteuses, j’ai été bien notée.”

La première fois que je l’ai rencontré, c’était lors d’un concert de FKA Twigs. Dans une friperie de Gare de l’Est, on parle des différents concerts qu’on a vécus. Récemment, Helma est allée voir Princess Nokia. “C’est une artiste que j’ai découverte sur le Soundcloud de Vice avec le projet Metallic Butterfly auquel j’ai bien accroché et à partir de ça, j’ai commencé à la suivre sur ses réseaux et je me suis connectée avec sa manière de vivre et de faire les choses. On voit bien qu’elle met une réelle énergie pour donner forme à sa vision et qu’elle a une bonne intention. Elle a sorti d’autres sons sous le nom de Destiny musicalement inspirés des sonorités 70s mais qui traitent de thématiques toujours actuelles comme le fait d’être une personne de couleur, d’être une femme, toujours avec un optimisme réconfortant. Cette année sur son projet 1992, j’étais déchaînée ! Les paroles m’ont eue et je ne m’y attendais pas ! Dans Excellent, par exemple, elle dit « Ambitions and accolardes, what did you  do today ? How did you go spend your day ? I work hard, I’m getting paid My shedule was full today, I’m’bout to go all the way I set off and hit the stage, ready to go do my thing ». Je l’ai écoutée non-stop en allant au travail pendant une semaine et cette même semaine je me suis fait la masse de pourboire ! Dans son concert, elle est dans une démarche de partage qu’on connaît rarement avec les artistes en général et même si ce qu’elle sort n’est pas toujours parfait techniquement parlant, elle est là. Il y a quelque chose de vraiment versatile et d’honnête dans son identité, et je pense que c’est important que les artistes comme elles aient une visibilité parce que personnellement, je me sens proche d’elle.”

Avant, Helma faisait des vidéos sur Youtube où l'on voyait des montages de moments de vie, des mises en scènes artistiques ou des vlogs. Aujourd’hui ses vidéos sont plus axées sur la musique. “Je suis sur Youtube depuis 2010 et j’ai pu voir la création de la communauté Youtube française. Aujourd’hui je constate qu’il y a de plus en plus de personnes sur Youtube et c’est cool puisque ça permet aux filles d’avoir des moyens d’identification et à d’autres de vivre donc c’est un bon compromis. Mais globalement, je trouve que les contenus sont très orientés consommation et c’est dérangeant dans le sens où ça laisse peu d’espace à des contenus plus conscients ou plus marrants. Il y avait une communauté « artsy » mais je crois qu’elles ont toutes petit à petit arrêté, c’est dommage. Mais d’un autre côté, je comprends, je suis la première à avoir la flemme ! J’espère avoir la foi de continuer à faire des vidéos cette année. J’ai accumulé un bon stock de vidéos sur mon disque dur depuis que j’ai quitté le lycée mais je n’avais pas vraiment le temps ou la motivation d‘en faire quoi que ce soit d’abouti.” Mais Helma reste quand même très présente sur les réseaux sociaux. “J’utilise tous ces médias, en particulier Instagram, comme des journaux intimes. Je poste souvent des brouillons, des trucs pas très aboutis à propos de mes derniers tourments et c’est la démarche que je préfère avoir parce qu’elle me fait me sentir libre. J’essaye vraiment de faire transparaître celle que je suis même si la transparence parfaite n’existe pas parce qu’on montre toujours ce que l’on a envie de montrer.”

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Helma chante. Elle fait de la musique depuis plus d’un an maintenant. “En essayant de me documenter, je me suis rendue compte qu’il n’y avait pas d’initiative similaire en France, en tout cas pour les filles. Pourtant, je n’ai pas l’impression que ce soit culturel parce que je me sens vraiment proche des artistes dont j’ai parlé. D’ailleurs, je prépare un EP pour 2017, ça fait un an que je suis plus ou moins dessus mais j’essaie de m’appliquer pour sortir un truc qui me plaise.”

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