Gisèle Halimi : la cause des femmes

Franck Pédersol photographe Grenoble

Franck Pédersol photographe Grenoble

#VMStories raconte les femmes qui ont, à leur échelle essayé de bouger les choses. Activistes, artistes, politiciennes, reines, guerrières… à travers cette série d’articles, nous souhaitons leur rendre hommage et vous raconter leur histoire.

Gisèle Halimi voit le jour le 27 juillet 1927 à La Goulette en Tunisie d’une mère juive et d’un père berbère. Sa volonté de combattre les injustices se révélera très tôt. Elevée dans une famille au modèle très patriarcal, elle n’accepte pas le sexisme qui y règne et les règles qui lui sont imposées, différentes de celles imposées à ses frères. En effet à l’âge de 13 ans, elle refuse de s’atteler aux tâches ménagères et entame une grève de la faim. A force de protestations, elle gagne et ne participera plus aux tâches ménagères de la maison.

À 16ans, Gisèle refuse de se marier, elle souhaite continuer ses études et devenir avocate. C’est en France qu’elle étudiera le droit grâce à une bourse gagnée au lycée. Âgée alors de 17 ans elle quitte la Tunisie et s’envole pour la France où elle trouve un job en tant que téléphoniste au standard américain de Paris-Militaire. Elle combine alors la faculté de droit et ce travail de nuit. L’arrivé de l’hiver lui fit ressentir le mal du pays et le manque d’argent ne lui permettait pas de se nourrir correctement, elle tombe malade et rentre en Tunisie chez ses parents. Après quelques mois de repos elle repart pour la France.

A 19 ans, elle tombe enceinte : garder cet enfant impossible pour elle. Une seule solution s’offre alors à elle : l’avortement ( encore interdit en France). Ce dernier se passe mal et elle doit être admise d’urgence à l’hôpital, elle subit alors le mauvais traitement des gynécologues. Cet avortement Gisèle le vit comme une torture. « J’avais découvert l’oppression sous sa forme la plus barbare [...] On avait voulu me marquer physiquement. Pour me rappeler que je dépendais des hommes. Pour me châtier d’avoir voulu m’évader ». [extrait de La Cause des Femmes de Gisèle Halimi]

Enceinte de son premier garçon elle continue de plaider au Tribunal : pour elle hors de question qu’on la prenne en pitié en raison de sa maternité. Ses premières plaidoiries, c’est au Barreau de Tunis en 1949 qu’elle les réalise, elle y défend des terroristes luttant alors pour l’indépendance de la Tunisie. Les procès de ces derniers sont très souvent fabriqués de toutes pièces et sont expédiés par les Tribunaux militaires. Durant sa carrière, son statut de femme a très souvent et pour ne pas dire tout le temps été un obstacle. Lors de ses plaidoiries, elle devait à chaque procès gagner d’abord car elle était une femme, puis car elle était avocate. Plusieurs grand procès vont alors marquer sa carrière d’avocate et la faire connaître du grand public.

Le premier est le procès de Djamila Boupacha arrêtée le 10 février 1960 lors de la guerre d’Algérie. Militante du FLN ( Front Nationale de libération Algérienne), elle est accusée d’être l’auteur d’un attentat à la bombe à Alger. Défendue par Gisèle Halimi lors de son procès, cette dernière décide avec l’aide de son ami Simone de Beauvoir de faire de ce procès un procès médiatique afin de dénoncer les pratiques de l’armée française en Algérie. En effet, les aveux de Djamila furent obtenus sous la torture et le viol. Après plusieurs recours elle fut jugée à Caen en France fin juin 1961, elle identifiera ses bourreaux mais sera malheureusement condamnée à mort. À la suite des accords d’Evian en mars 1962 mettant fin à la Guerre d’Algérie elle fut graciée et libérée le 21 avril 1962.

Le deuxième procès qu’elle défendra et qui bougera également l’opinion publique est le procès de Bobigny. En 1972, l’avortement est encore illégal en France. L’affaire se présente alors comme une affaire que l’on pourrait qualifier de « classique ». Une adolescente, Marie-Claire, tombe enceinte après un viol et avec l’aide de sa mère décide d’avorter. Son violeur, trempant dans d’autres affaires, pense qu’en dénonçant l’avortement de Marie-Claire, sa peine serait allégée. Elle fut alors jugée, elle, sa mère ainsi que trois autres femmes complices de l’avortement. La mère de Marie-Claire avait lu le livre de Gisèle sur le procès de Djamila et a demandé à l’avocate de plaider sa cause, ce qu’elle accepte.

Avec l’aide de Simone de Beauvoir et de leur association « Choisir » ( mouvement féministe fondé en 1971) elle décide de mener un procès politique contre la loi qui réprime l’avortement. Lors du procès Gisèle fait témoigner plusieurs personnes, des femmes ayant signées le Manifeste des 343 ( manifeste signé par 343 femmes avouant qu’elle avaient avortées aussi bien des personnalités, des actrices..que des inconnues) comme Delphine Seyrig, des médecins, Jacques Monod afin d’avoir un avis médical sur l’avortement et même un médecin catholique Paul Milliez, des hommes politiques comme Michel Rocard, Simone de Beauvoir. Le verdict tombe : la mère de Marie-Claire est condamnée à 500 francs d’amende et ses amies sont elles relaxées.

L’affaire du procès permettra par la suite une réelle remise en cause de cette loi de 1920 contre l’avortement et le vote de la Loi Veil le 17 Janvier 1975 qui légalise l’avortement en France, proposée à l’assemblée nationale par la ministre de la Santé Simone Veil. Le premier janvier 2013, Gisèle Halimi est décorée commandeur de l’ordre national de la légion d’honneur.

écrit par Julie