Farah

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Saint Placide, 16h.

Je vais chercher Farah à la sortie des cours. Je la vois au loin, souriante, elle me propose d’aller faire un tour au jardin du Luxembourg qui se trouve juste à côté. On marche, il fait chaud, on se pose sur un banc.

Farah est en L2 droit et sciences politiques à l’institut catholique de Paris. “Je m’y sens bien parce qu’on n’est pas une pormo monstrueuse de 500/600 personnes, on est tout juste 150 donc c’est cool pour débattre en amphi entre étudiants ou avec le prof. Après je suis dans un institut privé et je suis maghrébine, donc par moment c’est un peu difficile de ne pas sauter sur les premiers qui déblatèrent des absurdités. Plusieurs fois, en cours, je me suis retrouvée face à des profs tenant des propos limites, sur la colonisation algérienne par exemple ou sur la femme.”

J’en profite pour lui demander ce qu’elle a pensé de ces élections. “C’était un peu n’importe quoi. Entre la banalisation du FN, les gens qui critiquent fort en rabaissant ceux qui votent Macron, on s’y perdait. Sans te mentir, je ne me suis retrouvée dans aucun des candidats et j’ai trouvé ça dommage pour les premières présidentielles où je pouvais voter. J’ai trouvé cette période très insupportable à voir les beaux grands penseurs de ce monde sur les réseaux écrire des pavés ou édicter une sorte de parole divine de la politique alors qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent. Moi même au bout de 2 ans de droit et de sciences politiques, je ne comprends pas tous les rouages, c’est bien plus compliqué que ce que l'on pense.”

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On parle ensuite de son idée dans la représentation de la femme aujourd’hui. “C’est un énorme bazar. Entre les filles qui insultent les autres filles de putes à tout va où à l’extrême celles qui se mettent à poil sur la voie publique pour se faire entendre, on s’y retrouve mal. Les réseaux sociaux impactent beaucoup notre image : je vois beaucoup de mecs insulter de putes des filles, mes copines ou parfois moi-même sous une photo où on peut apercevoir nos formes. Mais pourquoi ? Des filles mêmes vont s”insulter ? Il y a un slutshame perpétuel qui se base sur l’apparence. Et je ne parle même pas des “une fille qui couche c’est une pute”, “si t’as couché avec plus de 3 mecs, t’es une pute”…. A écouter les réseaux, une fille bien ne boit pas, ne fume pas, ne sort pas, ne parle à aucun gars, n’a jamais eu de relations sexuelles. Aujourd’hui, se faire mentionner pour se manger des “salopes”, “chiennes” sur Twitter c’est devenu banal. Un jour, suite à un “débat” sur le viol, sujet sur lequel, en principe, il y a 0 débat, un mec m’a dit “toi vu ta photo de profil, je te viole” et ça m’avait choqué de lire ça.”

La discussion porte ensuite sur les différences entre notre génération et la génération juste en dessous. On parle de cette nouvelle génération, biberonnée aux réseaux sociaux et sexualisée dès le plus jeune âge, qui grandit peut être trop vite. “Aujourd’hui des filles qui sont super jeunes vont être très sexualisées, de par les photos qu’elles peuvent poster où des choses qu’elles peuvent dire. Je ne dis pas qu’il faut s’habiller de telle ou telle manière mais je trouve qu'il faut une certaine maturité pour “survivre” aux réseaux sociaux. Internet regorge de malades, de mauvaises personnes et ce n’est pas pour rien que bon nombre de filles et de garçons se sont foutus en l’air pour des réseaux sociaux et qu’on a ce qu’on appelle le cyberbullying. Personnellement, quand je suis née, Internet n’existait pas, puis plus tard ado, mes parents me contrôlaient pas mal : à 21h, ils me prenaient mon téléphone… Je les trouvais lourds mais aujourd’hui je suis bien contente. L’apparition de Snapchat a changé beaucoup de choses, il y a quelque chose de très malsain avec les nudes. Combien de filles se sont retrouvées humiliées car elles ont envoyé des nudes à des mecs en qui elles avaient confiance et que ces derniers les ont publiées ? Après, je ne crache pas sur les réseaux sociaux, moi même je les utilise très souvent, c’est ma petite addiction, mais je pense qu’il faut être conscient.”

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On parle ensuite de son rapport au maquillage. “Au collège, je n’avais pas le droit au make up sauf pour les sorties mais j’en mettais très peu. Je suis bien contente car comme je ne mettais pas de vraiment de produit pour le teint, j’ai pu laisser longtemps ma peau respirer et grandir et je n’en mets d’ailleurs toujours pas aujourd’hui. J’ai vraiment commencé à me maquiller au lycée, je mets des trucs de base (mascara, blush, poudre…). Je me passionne à mes heures perdues pour le maquillage des yeux, j’adore y aller sur les jolies couleurs et j’aime bien quand ça brille, mais je n’en fais pas vraiment une priorité. Je peux être facilement agacée par les filles qui disent “moi je ne peux pas sortir sans mettre ceci cela…”, je trouve ça tellement dommage de fixer son identité à travers son make up. Démaquillée, je suis Farah et maquillée, je suis Farah.”

Enfin je lui demande qu’est ce qu’une vraie meuf pour elle. “Une meuf qui s’assume sans chercher à répondre à un modèle précis, hors du moule qu’on essaie de nous ériger sans cesse avec les Kylie Jenner etc. Une vraie meuf, c’est une fille qui n’a pas de clones ou de copies conformes.”

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