Décortication

Je choisis soigneusement les moments où je me vois 

Je m’oublie quand je me regarde dans le miroir les lendemains, 

Je regarde au delà de moi même les jours de pure extase, 

Mais je plonge profondément dans mon propre regard les matins de larmes, 

Je m’enfonce dans mes cernes après les nuits blanches et je ne peux m’empêcher de 

sauter au dessus de mes courbes aussi hautes que des montagnes, traversant les rivières de vergetures sur les cuisses, caressant les poils sur mes jambes, 

Je choisis soigneusement les moments où je me vois, 

Mais je suis quand même surprise quand je me retrouve au détour de ma salle de bain, 

Mes lèvres se lèvent comme un rideau au début d’un spectacle et ma langue virevolte à l’intérieur de ma bouche dans une valse déchaînée, 

Je m’oublie quand je parle et je m’oublie quand je ris, 

Je m’étonne qu’on m’écoute mais je ne sais pas si on m’entend, 

Je ne sais pas comment me voir, 

J’ai laissé mes lunettes sur le canapé, 

Je suis myope mais je choisis quand je me vois, 

Je porte le double menton comme un gant et les boutons bourgeonnent sur mon front, 

Je porte mes sourcils qui s’allongent, formant un arc où ils peuvent enfin s’embrasser, 

Mon visage est zone de guerre où le chaos et l’habitude s’enlacent dans un baiser, 

Mais ce dernier est tout sauf en or, il est laid et baveux, il est sale et dégueu, 

Au cœur même de la destruction, entre doute et illusion, entre rimes et passions, 

Je décide, je change de trottoir pour briser la routine, 

Je ne finis pas mes phrases mais mes questions coulent à flot, 

Je me couche trop tard et me lève trop tôt, 

Au cœur de la destruction, je m’allonge, 

Je chante aux grains de poussière qui escaladent mes bras et 

je murmure aux pépins accrochés à mes intestins, 

Le monde ne se taira jamais pour m’écouter mais je ne finis pas de crier, 

Je hurle, mes poumons me brûlent, le sang sautille entre mes deux pupilles, 

La tempête est proche mais tant qu’une fin existe, je serais là, 

Je choisis soigneusement les moments où je me vois, 

La guerre est déclarée et ma peau est son terrain de jeux, 

Je ferme les yeux, la bouche, me bouche le nez et n’hésite pas à disparaître, 

Car la tempête n’est jamais loin, 

au pays des grenades et des jasmins.

écrit par Mariam