Daphné

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DANS LE CADRE D’UN CYCLE DE CONFÉRENCES SUR LES FEMMES ET LEURS MÉTIERS ORGANISÉ PAR LA MAISON D’ÉDITION INDÉPENDANTE FACES CACHÉES ÉDITIONS, NOUS AVONS EU LA CHANCE DE NOUS ENTRETENIR AVEC TROIS PERSONNAGES DE L’INDUSTRIE DU RAP : PAULINE DUARTE, DAPHNÉ WEIL ET NETTA MARGULIES.

Daphné n’a pas souhaité se faire prendre en photo pour son portrait.

La Closerie des Lilas, 15h30

Cette fois-ci, pour ce second entretien, aux côtés de l’équipe Faces Cachées et de Lyna, nous retrouvons Daphné dans une chic brasserie du VIe arrondissement de la capitale. “Je déteste parler en public, outre petit comité, je suis assez timide. D’autant plus que se mettre en avant, ce n’est pas nécessairement notre place. Même si l’on travaille sur des projets exposés, rester dans l’ombre est un avantage.”

C’est autour d’un thé à la menthe qu’elle nous relate ce qui l’a amené à croiser les chemins du rap français. Dès son adolescence dans les années 90, Daphné est imprégnée par l’âge d’or du rap français : "ça correspond à pas mal des moments de mon adolescence qui ont été marqués par certains morceaux de cette époque-là”. Pourtant, rien ne lui laisse présager un avenir professionnel dans ce milieu musical puisque suite à un BTS Tourisme, elle travaille pendant près de 10 ans dans le voyage d’affaires, d’abord en tant qu’agent de voyage puis elle évolue au statut de cadre dans une multinationale. C’est en 2009 que sa vie prend un tournant, avec l’organisation spontanée du concert “Retour aux sources” à l’Elysée Montmartre : “J’étais en vacances avec une amie, on écoutait du son en voiture et on s’est dit : “tiens, ce serait bien un concert avec les anciens de l’époque”. Un concert où on aimerait aller en tant qu'auditrices de rap français. Nous n’avions aucune expérience dans la musique ou dans l’événementiel, alors on s’est renseigné, on a fouillé partout, on a appelé des gens. Je suis rentrée dans le rap avec ce qu’on appelle du “rétro marketing”, il fallait contacter tous ces artistes que je ne connaissais pas. Mis à part Les Sages Po, on a contacté les autres artistes sur MySpace (2Bal, X-MEN, Express Di et 2e Oeil).” Une chance pour Daphné de passer les portes de cet univers : “J’ai découvert l’organisation d’un concert, les questions juridiques et contractuelles, l’importance de la rémunération des artistes, la partie technique concernant le DJ, les micros ou encore les caméras. J’ai appris les enjeux promotionnels, c’est-à-dire les premiers contacts avec les médias déjà en place tels que GÉNÉRATIONS ou l’Abcdr du Son. On s’est financé seul pour rendre possible ce concert, on a réalisé des affiches dans la rue et on a flyé nous-mêmes.”

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Par la suite, elle organise des événements à droite et à gauche tout en se faisant une place dans le booking et en manageant les artistes suivants : X-MEN, Nakk Mendosa et Arsenik. En parallèle, Daphné reprend ses études pour faire une école de commerce afin de se perfectionner dans les gestions d’entreprise et de projets. Par ailleurs, elle quitte son poste de cadre pour faire du consulting dans une structure leader des logiciels de réservation dans le voyage d’affaires pendant un an. Elle finit par être débordée par toutes ces casquettes et se lance à temps plein dans la musique. Depuis plus de trois ans, elle est associée à Styck et Screetch, fondateurs de Daymolition, avec le rappeur Fianso qui les a rejoint. “Il n’y avait pas de société, c’était vraiment la rue, il a fallu structurer ça”. Co-directrice et productrice exécutive de la holding D.A.Y comprenant la chaîne YouTube Daymolition [chaîne youtube connue pour ses freestyles filmés de rap français], le label avec Timal et ZeGuerre [deux jeunes rappeurs du paysage français], Rentre Dans Le Cercle” [émission présentée par Fianso dans laquelle les rappeurs sont invités à rentrer dans le cercle pour freestyler] Daylight pour la production de clips et Day Publishing, voici vulgairement le job de Daphné. Elle travaille les parties financières, administratives ou encore juridiques de la société, parallèlement elle pilote des clips (de la réalisation au montage en finissant par la diffusion) et plus récemment, elle réfléchit à des concepts de nouvelles émissions et des formats originaux. "On pourrait sous-traiter mais pour des questions de budget et de facilité c’est plus simple de s’en occuper soi-même, on est par défaut obligé de faire plusieurs tâches et de porter plusieurs casquettes, heureusement sinon on s’ennuierait. Même si je suis autodidacte sur certains points parce que j’ai dû apprendre sur le tas, j’ai aussi suivi des formations qui me permettent d’être légitime par rapport au côté théorique de mon métier. Il ne suffit pas de follow des gens sur les réseaux sociaux pour apprendre un métier.”

Lorsqu’on lui demande si elle a déjà été confrontée à des difficultés dans l’industrie à cause de son sexe, elle répond : “Je ne trouve pas qu’il y ait de la misogynie dans le rap français, c’est un problème sociétal. C’est une question de comportement, l’environnement masculin je le connais bien, le travail prend le dessus et c’est ce qui fait la différence avec les artistes et les autres interlocuteurs. Je suis torturée par d’autres choses que le fait d’être une femme, c’est limite le cadet de mes soucis dans mon métier.”

Une vraie meuf c’est une meuf qui s’assume, qui n’a pas peur de prendre des risques et qui ne craint pas de se confronter à des sujets, à des milieux ou à des charges de travail qui seraient habituellement confiés à des hommes. C’est une meuf qui ose prendre des responsabilités mais surtout qui en parallèle, est capable de construire sa vie personnelle de femme, de fonder une famille si elle le souhaite par exemple.

Écrit par Chahinaz