Clémence

Clémence me donne rendez vous pas loin de Strasbourg Saint Denis. Il fait vraiment chaud et il y a pas mal de monde. On se retrouve quelques minutes après mon arrivée, elle me dit qu’elle va m’emmener dans un grec pas loin où elle va souvent. “Je viens de Montargis dans la région Centre. J’ai emménagé à Paris à 17 ans après le bac pour les études et je suis restée ici depuis. Mais j’ai vraiment envie de bouger, de voyager, peu importe la durée et peu importe la destination. J’ai l'impression que si je ne le fais pas maintenant je ne le ferais jamais.”

Clémence fait partie de ces personnes que je rencontre un peu au hasard. Elle m’a envoyé un message le matin même et en scrollant son feed Insta, j’ai vu beaucoup de dessins et artwork. “Je dis que je suis illustratrice parce que c’est le mot le plus commun pour décrire ce que je fais, mais je préfère dire que je fais des images.”

Elle a toujours aimé dessiner depuis petite mais ce qu’elle aime vraiment, c’est réfléchir à des concepts ou des idées et de les exprimer par le dessin. “J’ai fait un BTS graphisme mais je me suis rendue compte que ce n’était pas ce que je voulais faire. J’ai vraiment envie de créer des images parce que j’ai trop d’idées en permanence que je veux produire. A long terme, j’aimerais apprendre d’autres techniques que le dessin, apprendre à filmer par exemple. En ce moment par exemple, j’apprends à faire de l’animation.”

Clémence est une grande amatrice de rap et c’est pour ça qu’elle se dirige vers le hip hop pour réaliser des clips. “Je suis vraiment contente quand de jeunes artistes me contactent pour réaliser leur clip, même quand leur style ne correspond pas forcément à ce que je fais. Dans le rap, il y a de plus en plus d’artistes qui assument leur part de faiblesse et de fragilité. On peut prendre PNL en exemple ou de l’autre côté de l’Atlantique toute la nouvelle génération de rappeurs qui vont beaucoup plus aborder des thèmes comme la dépression. Ça permet de sortir de ces clichés de mecs durs aux gros bras, sans sentiments. Récemment j’ai sorti un clip avec un jeune rappeur qui s’appelle Tyrannik. J’aime montrer quelque chose qui sort de l’imagerie qu’on voit déjà dans les clips de rap actuels.”

Ce qu’elle aime, c’est créer un rapport entre son travail et l’univers de ces rappeurs. Son travail est aussi très tourné sur les codes féminins. “La définition du féminisme est quelque chose de très vaste et compliqué mais je me considère tout de même féministe. J’ai beaucoup de personnages féminins dans mon travail et j’essaye de montrer des personnages très forts, tout en montrant les failles de ces personnes. C’est le sujet principal de mon travail et ce qui m’obsède le plus.”

Ses goals par rapport à son travail ? “Je fais des clips mais ce n’est pas du tout ma spécialité. Mon goal serait de proposer des idées et de bosser avec des gens qui ont les compétences que je n’ai pas. Cela me permettrait de réaliser beaucoup plus de choses qui ne peuvent l’être parce que je suis limitée par la technique.”

Alors qu’on commence à parler de make up, la jeune femme me confie que pour elle ne pas porter de maquillage relève de l’intimité. “Quand je rencontre des gens, j’aime bien qu’on ne voie pas mes imperfections ou mon acné. Pour moi c’est comme si on voyait mes soucis. Il n’y a pas grand monde qui me voit sans maquillage à part mon cercle proche ou ma boulangère, donc tout à l’heure je réfléchissais à notre rencontre et au fait que t’allais vraiment voir la vraie moi.”

Ce dont elle ne se rend peut-être pas compte c’est qu’en s’exposant de cette façon sur VraiesMeufs par exemple, il y a peut être quelques femmes qui vivent les mêmes expériences et qui partagent les même opinions, qui pourront se retrouver un peu en elle et en ce qu’elle partage.

“Je mets un peu de fond de teint, mascara et rouge à lèvres mais je suis vraiment nulle pour le reste. Tout ce qui est make up des yeux ou contouring je comprends rien ! Et ce n’est pas faute d’avoir essayé.’” Elle me parle d’une mode de filles très maquillées. “Il y a pas mal de vidéos sur Youtube de japonaises ou coréennes qui enlèvent leur maquillage et c’est une véritable transformation souvent mais tu te rends compte que la plupart sont très jolies sans. Après le but n’est pas d’être jolie sans ou avec, mais de se sentir bien dans sa peau et de s’apprécier. Si tu es bien avec c’est très cool et si tu es bien sans c’est très cool aussi. L’idéal c’est d’être à l’aise avec les deux mais surtout de ne pas se laisser dicter ce choix par un facteur extérieur.”

Quand je lui demande si elle se trouve belle, Clémence me répond qu’elle se sent très bien dans son corps. “Je ne me sens pas forcément belle mais pas forcément moche, je me sens moi même. Les gens que je trouve beaux ne sont pas les personnes qui sont belles sur le papier et aux yeux de la société mais plutôt ceux qui sont sûrs d’eux, qui rayonnent de par leur charisme, leur esprit et qui aiment être eux-mêmes. Les défauts physiques comme une cicatrice ou une marque par exemple, qui sont des entraves à la “beauté” dans le sens conventionnel, rendent les personnes plus belles à mes yeux, plus humaines, plus vraies.”

“Une vraie meuf est une meuf qui se sent forte et puissante en acceptant toutes ses fragilités.” 

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