Amélie

Après avoir reçu un mail concernant son association, j’ai décidé de rencontrer Amélie lors des derniers beaux jours de cet automne. Elle me donne rendez vous dans le jardin du musée de la Vie Romantique, un petit coin de paradis caché dans la capitale. C’est en buvant son thé que la jeune femme me raconte son parcours, ses projets, ses envies.  Sensibilisée à la santé maternelle en Afrique, Amélie a décidé de créer une association qui sensibilise et accompagne les camerounaises sur les questions de grossesse et de maternité. Encore une preuve que l’innovation, souvent perçue comme technologique, peut être humaine et sociale.

“C’était chouette les années fac”, se rappelle Amélie avec nostalgie. Elle a commencé par une licence en sciences du langage, qu’elle finit en licence pro en chef de projet en communication. “Je me suis rendu compte très vite que je voulais faire de la communication, et à l’issue de ses études, j’avais envie de continuer les études parce que j’adore apprendre.” Elle a poursuivi en Master en marketing digital mais elle trouvait qu’il lui manquait un truc. “L’enseignement n’était pas assez complet et je ne m'épanouissais pas de manière générale. En dernière année, je suis allée à Sup de Pub pour faire un MBA en stratégie des marques. C’était une excellente expérience : Sup de Pub à un réseau assez incroyable, il y a des enseignants avec qui je suis toujours en contact et ce que j’ai aimé c’est que les professionnels donc cette dernière année était cool.”

En parallèle de ça, Amélie m’explique qu’elle est devenue une femme profondément engagée. “Avant, je ne m’intéressais pas à d’autres choses que ce que je savais faire. Aujourd’hui, je m’intéresse à beaucoup de choses, mais le thème de la santé maternelle est venu tout d’abord parce que je suis devenue maman. Les conditions d’accouchement, la grossesse sont devenues des sujets qui me plaisent et qui m’alimentent au quotidien.”

En plus de sa grossesse, un autre facteur a déclenché son intérêt pour la santé materno-infantile en Afrique. “L’année dernière, je suis allée dans mon pays d’origine, au Cameroun, pour la première fois avec mon copain et mon fils. Je souffrais d’un petit manque de ne pas connaître mes origines, de ne pas savoir d’où je venais, d’avoir une mauvaise connaissance de mon pays d’origine. C’est hyper important de se rendre compte des choses. Je me souviens quelques années auparavant, mon père m’a toujours dit “mais toi, tu ne sais pas, tu es d’ici, laisse tomber”. Tu te manges ça dans la gueule pendant des années et ça finit par déclencher quelque chose en toi. A un moment, je me suis juste dit, je vais prendre mon billet et j’y vais : c’est ce que j’ai fait.  C’est un voyage qui était hyper important pour moi sachant que je venais d’avoir un enfant qui ne connaissait pas non plus le pays donc nous l’avons découvert ensemble. Mon conjoint est né là-bas et il y a vécu donc il connait bien. Ce voyage m’a tout d’abord changé et surtout bouleversé. J’ai mis du temps à m’en remettre et en rentrant je n’étais pas très bien.”

Le début 2018 n’était pas évident pour Amélie. “J’avais déjà envie de faire quelque chose avant de partir, mais je me suis laissée le temps de partir au Cameroun pour mûrir l’idée et de vraiment voir ce qui s’y passe. Lorsque je suis rentrée, je ne voyais pas autre chose mis à part une association et je voulais tout faire, tout gérer.”

Elle crée une association en mars 2018 et décide de se consacrer au développement de son projet. Entre son job et le lancement, Amélie trouve le temps de prendre une semaine pour souffler un peu. Elle décide de partir à Copenhague seule pendant une semaine, histoire de faire un break. “Ce qu’il me faut maintenant, c’est un endroit calme. J’aime beaucoup Paris et il y a des villes en France que j’adore mais pour autant je ne suis pas convaincue que le mode de vie que je cherche se trouve en France. Si tu te poses sur un banc à Paris pour t’arrêter et manger des petits gâteaux, les gens vont te juger. J’ai besoin de quelque chose de très serein, de calme, d’ouvert sur les autres, d’un endroit où on va simplement te laisser être toi sans te juger ni porter de regard étrange.”

Parfait Pour Jaden est une organisation à but non lucratif qui organise des campagnes de sensibilisation dans de nombreux domaines autour de la santé au Cameroun, notamment dans le cadre de la santé maternelle. “Au Cameroun, le taux de natalité chez les jeunes mères (16-20 ans) est record, c’est à dire que tu peux trouver une femme de 19 ans qui a deux ou trois enfants et qui gère ça très bien. Cela explique aussi le taux de fécondité de cette tranche d’âge qui est très élevé en moyenne, c’est pour ça que l’information est super importante. On va aussi faire de la prévention par rapport aux conséquences ce qui relève de la morbidité notamment dans le cadre des maladies. Un dernier niveau d’intervention est l’accompagnement et la formation auprès des sages femmes des centres de santé de nos partenaires.”

La jeune femme travaille aussi en étroite collaboration avec Gynécologie Sans Frontières qui les accompagne tout au long de l’élaboration du projet. “Nous aimerions partir d’ici juin 2019. Ce sera le début de l’été et terme de résistance à la chaleur, c’est mieux. On veut intervenir sur des petits villages reculés, il fait déjà très chaud donc le climat pourrait nuire à nos actions. Nous sommes aussi le pays organisateur de la Coupe D’Afrique des Nations donc on aimerait aussi profiter de cet élan.”

La maternité en Afrique est un sujet très complexe, trop souvent généralisé au continent entier. Pourtant, les pratiques sont souvent très différentes selon les pays, car le niveau d’accès au soin diverge d’une zone à une autre. “Dans l’association, nous avons une sage-femme qui nous accompagne sur l’aspect prévention/formation et sur le développement du kit de maternité qu’on va distribuer là-bas. On est face à des contextes qui nous dépassent et on ne peut pas aller au delà de ce qui nous dépasse, notamment dans le cadre de la santé qui n’est pas une priorité du pays. La bas, t’achètes des dolipranes au marché et la notion de gratuité ou de protection sociale est quasi inexistante. Ce sont des choses qu’il faut intégrer très vite et en même temps, il ne faut pas brusquer les coutumes et habitudes du peuple”

Cette association toute jeune dont Amélie nous parle a été lancé en mars dernier. Quand au nom, il n’a pas vraiment de signification. “Le prénom aurait pu être Eden au lieu de Jaden, je trouvais simplement que cela sonnait bien.” En plus de la partie associative, l’association est aussi un média où la jeune femme écrit des articles sur les thèmes qui touchent son projet et met en avant des personnalités inspirantes. “Je développe un podcast sur les pratiques culturelles concernant la grossesse, maternité ou naissance dans tous les pays d’Afrique que ça soit en RDC, Ethiopie, Nigeria, Maroc… chaque pays a des pratiques qui lui sont propres en fonction des croyances, des rites, des religions… Avec ces podcasts, on a envie de faire la différence entre la coutume, le rite, la religion, la culture parce que les gens ont tendance à trop souvent mélanger ces notions. Le podcast est un format que j’adore et j’en suis une grande consommatrice. J’adore Mehdi Maïzi et son équipe sur NoFun, notamment Brice Bossavie. Je trouve qu’ils sont vraiment très pointilleux et qu’ils brassent énormément de choses.”

En plus du rap, Amélie s’est découverte une passion pour le foot lors de l’Euro. “Paul Pogba est un de mes joueurs préférés. C’est une personne qui n’a peur de rien, qui sait ce qu’il veut et qui n’a pas vécu dans un milieu très facile. On est dans une société qui est très individualiste, t’es obligé de travailler avec des gens de construire des choses avec des gens, c’est un travail d’artisan et lui le réussit bien, c’est un bon team player. Il jouait souvent avec les gens plus âgées que lui et il s’est accroché malgré ce que les gens pouvaient dire. Regarde aujourd’hui, il est champion du monde. C’est aussi quelqu’un de très croyant et aujourd’hui, la croyance est très mal perçue dans notre société. Il y en a aujourd’hui qui préfère être athés, alors que croire c’est un engagement, une conviction et lui n’a pas peur de dire qu’il croit. Il va à la Mecque, il fait ses prières, il se prosterne dans des stades… c’est un signe d’engagement et courage. Enfin, il a perdu son père il y a quelques années et je pense que ça a joué dans sa carrière. Sa mère aujourd’hui doit être heureuse de se dire que les trois fils jouent au ballon et que les trois s’en sortent. J’aimerais beaucoup écrire sa biographie un jour mais je me laisse le temps de faire les choses. En réalité, je me dis juste qu’un éditeur attends mon projet (rires). Mais j’aimerais faire un bel objet, pas un livre de poche que tu fous dans ton sac comme ça. ”

Amélie en profite pour me dire qu’elle adore les livres objets. Chez elle, elle croule sous les magazines, les livres, les CD…. “Ca me vient sûrement de mon père qui était journaliste. Lors de ses dernières années de carrières, il était photocompositeur au Monde et travaillait avec le dessinateur Plantu. Quand tu travaillais au Monde et que tu avais des enfants, tu pouvais les abonner aux magazines et livres jeunesse comme Max et Lili, J’aime Lire, Julie…. Bien que je sois très digitale, j’adore le papier : j’ai toujours un magazine sur moi, j’ai toujours mon carnets et mes stylos.”


“Une vraie meuf n’a pas peur de se battre, ni de montrer qui elle est. C’est une meuf qui n’a pas peur de se poser sur un banc sur Paris pour manger des gâteaux sans être jugée, c’est une meuf qui “struggle”.”


Amélie est présente sur Instagram ainsi que son podcast et aller faire un tour sur le sitele Facebook ou l’Instagram de son association Parfait Pour Jaden.